« Vers un équilibre global, de la Dynamique des Déchets » par Dennis Meadows

Source : Dr Christophe Mangeant à l’origine de la traduction du chapitre concerné par le présent article.

« Vers un équilibre global, de la dynamique des déchets par Dennis Meadows »

Le rapport « The Limits to Growth » réalisé par l’équipe Meadows du MIT et publié en 1972 à la demande du Club de Rome a été redécouvert par les Français en 2012 suite à la traduction de l’ouvrage «The Limits to Growth : the 30-Year Update».

L’ouvrage de 1974 « Toward Global Equilibrium : Collected Papers »  dont est tiré le présent chapitre complète le rapport de 1972 en explicitant certaines boucles de rétroaction.

Celle qui est synthétisée ici concerne la boucle de génération des déchets solides. Ce fléau est intéressant à modéliser, car il concerne à la fois l’amont (les ressources naturelles) et l’aval (la pollution générée). La modélisation effectuée permet de facto de comprendre comment diminuer ce problème.

Le problème des déchets solides générés par nos sociétés industrielles est devenu majeur ce dernier siècle. La génération de déchets solides étant proportionnelle à la quantité de produits, à la fraction de produit brut définitivement perdu dans chaque produit jeté et à l’inverse de la durée de vie du produit, il n’existe que trois façons de diminuer le problème : réduire le nombre de produits en cours d’usage, réduire les pertes de matière par produit rebuté ou augmenter la durée de vie des produits.

Le modèle numérique créé par Meadows et Randers l’a été pour savoir laquelle (lesquelles) de ces trois pistes étaient la (les) meilleure, en s’appuyant sur un cas concret : celui du cuivre aux USA dans les années 70.

Le résultat est qu’une certaine durabilité est obtenue en conjuguant les politiques suivantes : taxe sur l’extraction, subvention sur le recyclage, augmentation de la durée de vie des produits, doublement (ou augmentation sensible) de la fraction maximale recyclable et réduction modérée de la quantité de matériau brut dans chaque produit.

A contrario, l’application de ces mesures unitairement ne conduit pas à un résultat probant. La difficulté est d’augmenter la fraction maximale recyclable, de réduire la quantité de matériau brut par produit tout en augmentant la durée de vie du produit.

Une proposition est faite : elle consiste à introduire une taxe sur les produits, taxe proportionnelle au ratio de déchets dans le produit divisée par la durée de vie du produit. La durée de vie (re)deviendrait ainsi un critère fondamental, ce qui inciterait les fabricants à utiliser tous les moyens possibles pour ce faire : depuis une meilleure conception jusque faire des produits facilement réutilisables, réparables et/ou recyclables.

La durée de vie pourrait être établie sur une base statistique par des « bureaux d’audit » indépendants, de même que pour les quantités de matériau brut, de la fraction perdue et le caractère recyclable ou non des sous-parties du produit. Ces organismes restent à inventer, mais seraient source de création d’emplois.

Le dernier enseignement du modèle est que plus on attend pour mettre en place ces politiques, et plus leurs chances de succès s’amenuisent. Car ce qui compte au premier ordre, c’est la disponibilité de la ressource première (ici le cuivre). Passé un certain stade, les politiques salutaires deviennent inefficaces à cause de la raréfaction de la ressource. Les politiques enclenchées après le début du déclin ne serviront à rien…

 Application pratique à la France de 2013

La France a généré en 2012 environ 770 millions de tonnes de déchets solides en tout (soit quatre fois moins que les USA en 1967) dont une trentaine de millions de tonnes de déchets urbains (déchets ménagers : dix fois moins que les USA en 1967) et 280 millions de tonnes de déchets minéraux (contre 1000 millions aux USA en 1967) et environ 480 millions de tonnes de déchets agricoles : quatre fois moins que les USA en 1967).

Télécharger la version française du chapitre 7 de l’ouvrage de Dennis Meadows : « Toward global equilibrium : collected papers » ici.

Le mot de Christophe Mangeant « L’exemple du chapitre traduit est révélateur. Nous n’avons pas, à ma connaissance, enclenché ce processus de « taxe-subvention » qui a une double vertu : celui de donner un prix représentatif aux choses et aux matières premières et celui de donner de l’importance à la durée !

Je considère que Dennis Meadows a eu 40 ans d’avance et a donc prêché dans le désert pendant tout ce temps. Espérons juste qu’il ne sera pas trop tard quand nous en prendrons conscience ! »

Ce que proposait Meadows  à l’époque demeure plus que jamais d’actualité et j’y vois aussi un message d’espoir car il y a beaucoup de métiers à inventer lorsque l’on veut «transitionner » vers  la durabilité ! 

4 réflexions au sujet de « « Vers un équilibre global, de la Dynamique des Déchets » par Dennis Meadows »

  1. Inventer l’avenir impliquerai de prendre en compte demain … mais « nous » (collectivement) n’avons que faire de ce que nous laisserons aux suivants (dont nous faisons parti pourtant pour nombre d’entre nous !) car nous nous laissons contraindre par le très court terme, oubliant de raisonner sur les conséquences de nos comportements/décisions/actions … Même si de nouveaux comportements semblent émerger …
    Le fait de savoir ce qu’il conviendrait de faire n’est pas suffisant ! Pour que des solutions puissent être mises en œuvre, il conviendrait que nous partagions (même partiellement) une compréhension commune de la situation, du problème, de la situation … (appelez ça comme vous voulez) … et pour partager un constat, il conviendrait de faire l’effort de s’écouter … de se cultiver, de lire … et pas seulement penser qu’avoir accès à TOUTE l’information grâce aux outils « modernes » « numérique » est suffisant ! La culture est une construction dans le temps qui nécessite d’utiliser l’information pas seulement d’y avoir accès …
    Bref, il y a loin de la coupe aux lèvres … avant qu’un mouvement de fond puisse se développer ! Heureusement que certains martèlent comme vous le faites pour tenter de faire entendre « raison » …
    Cordialement
    Olivier CHAILLOT

    • Merci Olivier pour ce plaidoyer en faveur du long terme ! Gageons que les tendances collaboratives émergentes (que ce soit en matière économique qu’en matière d’intelligence) fassent mûrir les transitions matérielles et psychologiques pour le monde d’après…
      Je partage votre point de vue sur la nécessité de définir un socle commun de compréhension mutuelle sans quoi toute initiative constructive est menacée d’inertie…
      S’écouter, s’informer mais aussi « s' »analyser pour progresser, voici là quelques pistes de bon sens pour évoluer.
      Mille merci pour votre soutien dans mes actions de sensibilisation quotidiennes ! Cdt,

  2. Enfin une vision globale des problèmes !
    Cette vision a 40 ans et nous faisons semblant de la découvrir !
    Il s’agirait en effet d’avoir une vision à long terme et de gérer la planète pour nos enfants et petits enfant et non pour les profits (ou le taux de chômage) de la semaine prochaine.
    C’est évidemment beaucoup plus difficile mais au combien plus satisfaisant.
    Les politiques actuelles font exactement l’inverse : obsolescence programmée, prime à la casse, élimination des déchets sans recyclage et au moindre coût…

    • Merci Gérard pour ce commentaire engagé ! Oui c’est vrai que les visions à long terme demandent une grande prise de recul, sans précipitation et surtout en gardant un cap, chose délicate dans ces périodes de perpétuels changements…