Dessine moi la ville de demain

La ville de demain, pour quels territoires?

L’envoûtant collège des Bernardins de Paris accueillait cette semaine l’Institut Palladio pour la clôture de son cycle 2011-2012, dédié à une grande réflexion sur la ville de demain. Le programme de cette matinée réunissait de nombreux experts (voir les actes) animés par la volonté de dessiner ensemble les contours de la société des urbains de demain.

Des grands enjeux démographiques (8 personnes sur 10 dans le monde vivront en ville demain) à l’évaluation des risques, qu’ils soient environnementaux, sociétaux et financiers, la question de la gouvernance des villes, par les régions entre autres, a été débattue. Passer notamment d’une économie concurrentielle à une économie résidentielle (mesurée non seulement par le PIB mais aussi par le niveau de revenus des habitants) et qui inclut une vision anthropologique, sociologique de la ville par ses usages, était au coeur du débat.

Le concept de l’agglomération désormais dépassé, il convient de raisonner « interactions entres archipels urbains ». Mobilité, circuits courts, bâtiments intelligents, interconnectés dans une économie de plus en plus dématérialisée, c’est ainsi que la ville de demain se dessine.

Pour autant, conserver une dimension d’échanges réels est indispensable au lien social : vivre au rythme de la chronotopie de la ville nécessite une grande adaptabilité des acteurs. Rappelons que 50% des bâtiments pour 2050 sont déjà construits : prennent-ils seulement  en compte les problématiques du vieillissement inéluctable de la population?

Sous l’angle immobilier et patrimonial, quid de la répartition des richesses entre seniors et actifs d’aujourd’hui? Capacité de consommation souvent supérieure pour les premiers, difficultés à acheter leur premier logement pour les autres, la ville de demain se doit d’asseoir ses fondations sur les bases de l’inclusion sociale (savant mélange entre diversité et mixité) et d’inventer le concept d’Urbanité, à mi-chemin entre « urbain et humanité ». Revisiter ce terme supposera-t-il que ‘les vieux deviennent l’avenir des jeunes’? La question reste entière.

De manière plus philosophique, François Julien, sinologue et philosophe,  détaille pour nous avec délice les contours de l’entre de la ville durable, zone de non lieu, pourtant indispensable à la fluidité des interactions et au maintien d’une cohérence sociale et spatiale pour les futurs urbains.

Doit-on modifier nos conceptions pour mieux percevoir les contours de la ville de demain?

Suivant 6 jalons urbains conceptuels, François Julien nous amène habilement à reconsidérer la question sous un éclairage inédit, celui du miroir et des oppositions.

Ainsi le Perceptif de la ville fait écho au Paysage, nous renvoyant à l’aspect visuel et palpable des choses parfaitement bien illustré dans le vocabulaire chinois puisque paysage se traduit par « montagnes et eaux » et de manière implicite exprime aussi leurs interactions en termes d’énergie, de flux et de respiration.

Le Plein (issu de la densité des agglomérations) renvoie au Vide, à la dé-saturation quelquefois nécessaire aux grandes métropoles. Gérer du vide c’est respirer, faire circuler, faire communiquer.

Le Plan, qui par extrapolation est la modélisation projetée du « grand architecte », est ici appréhendé comme une transformation silencieuse propre à la culture chinoise. A l’inverse de planifier la ville, pourquoi ne pas la concocter au sens de « faire mûrir », notion somme toute plus apaisante!

La Règle, codification explicite mais abstraite de la cité ne pourrait-elle pas faire place à la Régulation? De l’ordre du processus, la pérennité de cette dernière permettrait de maintenir les équilibres de la ville de demain.

La Connaissance, celle de la ville balisée, est subtilement transformée en Connivences (du latin connivere, cligner des yeux) qui en sont les prémisses. Penser la ville par connivence c’est utiliser le biais, les recoins, les non lieux pour mieux savoir comment s’y prendre.

Enfin l’Entité, connaissance la plus parfaite des extrêmes, balise parfaitement l’Entre, indéterminée, sans essence mais synonyme d’entretenir la ville. Puiser sans jamais épuiser, verser sans jamais remplir (suivant les préceptes chinois), la ville de demain selon François Julien mériterait d’être reconsidérée, non plus dans le dépassement mais dans l’entretenir ou le « tenir l’entre ».

Car l’entre c’est aussi être à l’aise avec l’écart qui fait tenir, telle la voûte de l’illustre collège qui nous accueille sans faillir…

2 réflexions au sujet de « Dessine moi la ville de demain »

  1. 50 % des bâtiments de 2050 existent déjà : rassurant ? (c’est notre histoire), inquiétant ? (comment les adapter aux évolutions encore inconnues)

    • Oui l’adaptation de l’existant me paraît incontournable : innovation, créativité, respect de l’environnement ;
      Les démarches qui vont dans ce sens concernent plutôt les programmes neufs pour le moment…A suivre