Santé, confort : la transversalité du bâtiment durable

Comment penser la santé dans les bâtiments de demain?

La santé, une adaptation réussie à tous les paramètres qui nous entourent. Cette définition positive place l’humain et son environnement au coeur des préoccupations du bâtiment durable. En effet, rien ne change plus que l’utilisation d’un immeuble, constat somme toute bien naturel puisque c’est chacun de nous, dans toute notre diversité, qui l’occupons !

D’un point de vue réglementaire, du Grenelle II _ imposant notamment l’affichage obligatoire de la composition des matériaux de construction_ à la conférence environnementale de septembre 2012, les indicateurs de contrôle en matière de santé foisonnent autant que les labels de qualité énergétique (HPE) et environnementale (HQE). Passer d’un bâtiment plus économe en énergie (mieux isolé et donc plus imperméable à l’air) soulève néanmoins plusieurs interrogations quant à la santé et au bien-être des occupants.

Comment concilier efficience énergétique et confort intérieur?

Conforts thermiques, sonores, visuels, olfactifs, dépendent avant tout des conditions d’occupation des lieux : les récents retours d’expérience de bâtiments certifiés concordent sur un point : les meilleurs outils de mesure (tels que la  simulation énergétique dynamique (SED) présentée par le CSTB lors d’un récent colloque organisé par l’IFPEB) ne peuvent prédire l’impact des futurs usagers d’un bâtiment ; les plus grands écarts constatés entre prévisions réglementaires et réalité d’usage se situent sur les postes chauffage et bureautique. La problématique énergie doit donc être anticipée et intégrée dans une approche environnementale, systémique et collégiale du projet immobilier, plaçant l’humain au coeur des décisions, pour éviter de grosses désillusions.

Recaler en permanence les scénarios de départ et s’adapter aux conditions d’occupation réelles est le maître mot d’une sensation de confort et de bien-être à l’intérieur du bâtiment. Emménager en plein hiver sans adapter la température au nombre d’usagers par poste de travail peut vite ternir la crédibilité des comités de pilotage !

Rappelons que la dimension psychologique prime sur la technique : c’est bien cette dernière qui doit s’adapter et non l’inverse, même si la sensibilisation des usagers à des comportements plus sobres n’est pas à écarter, loin s’en faut.

Des solutions existent pour passer du space planning au space management : citons l’exemple du siège social de Schneider Electric, en région parisienne, Le Hive (La Ruche) certifié ISO 50001, 14001 et OHSAS 18001,  qui développe cette méthode par son outil de reporting Gilif, capable de mesurer l’occupation et la disponibilité des postes de travail et non plus des m2.

 

Zoom santé et confort dans le bâti : l’avis de Claire Sophie Coendevez - Medieco

Au-delà des considérations réglementaires, l’éclairage transversal de l’ingénierie de santé dans le bâti et l’urbanisme est un atout sérieux dans la manche des décideurs du bâtiment durable.

Retour sur la conférence donnée le 29.11.2012 par Claire Sophie Coendevez de Medieco, lors du salon Pollutec. Voici les points d’ancrage à un bâtiment sain, confortable et bienvieillant à l’égard de ses occupants :

L’hygrométrie

De 40 à 60% dans le bâtiment elle influence fortement l’apparition des moisissures par la condensation sur les parois des matériaux de second oeuvre (sols, cloisons, plafonds). Les Règles de l’Art du Grenelle Environnement (RAGE) préconisent un renouvellement d’air approprié au chantier, surtout avec la nouvelle donne des bâtiments basse consommation (BBC).

La température

Elle devrait se situer à 19° dans une configuration BBC mais elle doit aussi tenir compte de l’activité au poste de travail. Encore une fois, si la sensation de froid prime d’emblée, il sera très difficile de maintenir cet équilibre. L’architecture bio climatique prend ici tout son sens par l’intégration d’apports thermiques extérieurs ou de protections solaires adaptées.

La lumière naturelle

D’un point de vue biologique, l’homme manque à la fois de lumière naturelle et d’obscurité. Les cellules de la rétine réagissent à l’ambiance lumineuse (régulation circadienne du métabolisme jour/nuit). La RT 2012 impose qu’un sixième de la surface totale au sol soit vitrée. Malheureusement cela ne prend pas en compte les zones en second jour ; raisonner pièces de vie ou poste de travail serait plus judicieux, d’après Claire Sophie Coendevez.

Quant aux éclairages, leds notamment, c’est la norme EN 62471 qui régit le risque photo-biologique ; il est conseillé dans tous les cas de ne pas regarder une source lumineuse de face et d’intégrer les leds dans un luminaire. En effet, émettant une lumière bleue non reconnue par l’oeil, la pupille ne se contracte pas au contact de ce signal, ce qui accroît la fatigue visuelle.

L’acoustique

 Le bruit, considéré comme un son qui gène, est LA source de pertubation par excellence. Son action est neurovégétative (le bruit est un véritable destructeur de sommeil) mais elle impacte aussi notre communication orale. Les règles de l’art de la construction prévoient bien une isolation maximale du bruit vis-à-vis de l’extérieur mais pas suffisamment des bruits d’équipements ou encore du voisinage intérieur (à lire à ce sujet L’open space m’a tuer).

La Qualité de l’Air Intérieur (QAI)

Le corps humain inhale entre 12000 et 15000 litres d’air par jour et celà sans relâche ! C’est dire si la qualité de l’air intérieur est sous influence ! Les sources de pollutions intérieures sont bien plus fortes que celles que l’on peut respirer au dehors.

Cette concentration plus dense provient de sources variées émanant :

- de sites pollués sur lequel le bâtiment a été construit
- de l’air extérieur (trafic routier par exemple)
- des caractéristiques du bâti dont le mobilier et ses potentiels composés organiques volatils (COV)
- des occupants (produits d’entretien, cigarette, vapeur d’eau…)

 

Quelles actions mener pour une meilleure Qualité de l’Air Intérieur?

La première mesure de bon sens consiste à limiter la source de la pollution, puis de renouveler l’air suffisamment et enfin de procéder à une épuration de l’air vicié.

Pour se répérer dans cette jungle des polluants de nombreux supports existent dores et déjà. Voici les principaux :

- les quick FDS (fiches de données de sécurité),
- l’ANSES pour les composés organiques volatils,
- l’obligation d’étiquetage parue au JO de mai 2011, imposée aux industriels (qui doivent tenir à disposition un rapport d’essai attestant de la véracité des informations fournies en matière de composition de leurs matériaux)
- les fiches de données environnementales et sanitaires (FDES) se basant sur une démarche volontaire de l’industriel
- les labels environnementaux (Nature Plus pour les peintures, émicode EC1 pour les produits de pose, Eurofins et son récent « Indoor Air Confort »)
- les valeurs guide de l’air intérieur (VGAI)

De plus en plus isolé le bâti doit augmenter les débits d’air et veiller à un entretien drastique des gaines de ventilation et des filtres.

La mutation énergétique du bâtiment durable ne doit pas sous estimer la santé des occupants qu’il abrite. En cela déplorons pour l’heure une réglementation parfaitement obsolète (elle date de 1982) au regard des nouvelles exigences de construction.

Replacer l’humain au coeur du bâti est impératif. C’est pourquoi la gouvernance du bâtiment durable doit dès aujourd’hui intégrer à sa juste dimension la santé comme véritable transversalité des enjeux immobiliers de demain.

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