Une journée avec le Réseau de l’AMU

AMU… comme Assistance à Maîtrise d’Usage 

Le 3 mai 2016 s’est tenue à Lyon la première journée IRL (in real life) d’un groupe issu d’une réflexion sur l’Assistance à Maîtrise d’Usage, à laquelle D’Dline 2020 a participé 😉

Autour d’une animation pilotée par 2 des membres du groupe, l’objectif de l’atelier était double :

  • se rencontrer pour mieux comprendre le rôle et les compétences de chaque membre
  • clarifier la raison d’être du groupe et bâtir un plan d’action.

Au terme de cette première session tout aussi active que conviviale, le Réseau AMU a planché sur une définition commune, qui pourrait se traduire  ainsi : « le réseau AMU regroupe des professionnels autour d’une dynamique pluridisciplinaire de partages d’expériences et d’innovations méthodologiques, centrée sur les usages dans le bâtiment ».

Temps forts et axes de réflexion : vous souhaitez en savoir plus sur ce réseau ? Une newsletter participative, Les Echos de l’AMU vient tout juste de voir le jour !

L’Ecohabitat, un arc-en-ciel de compétences

Co-opérer pour améliorer notre Ecohabitat 

Retour sur le colloque organisé le 24 mars 2016 par la Fondation de France

Partant du constat que la précarité énergétique s’accroît au niveau national, la Fondation de France a initié en 2010 une expérimentation axée sur la rénovation écologique de logements occupés par des personnes vulnérables. Sa démarche privilégie une approche aussi bien environnementale que socio-économique,  axée sur la coopération entre acteurs et parties intéressées, par l’auto-éco-construction ou réhabilitation de leur cadre de vie. Sur 18 projets retenus, 15 sont devenus opérationnels via la création d’un comité Ecohabitat et d’un pilotage de l’opération par l’association Relier. En voici les principaux enseignements au travers de nombreux retours d’expériences.

Organiser la concertation pour améliorer le confort avant tout

Co construire un éco-habitat doit se faire avec le consentement des habitants, au-delà des solutions techniques même si les aides en lien avec la rénovation énergétique sont plus nombreuses. Pour Patrick Marot, Directeur du Pact Aveyron, il est nécessaire d’adapter le système aux besoins des habitants et non l’inverse. “On a une responsabilité professionnelle… Il faut organiser la concertation en fonction de l’environnement physique et géographique ».

Le choix des matériaux tels que la terre crue et autres produits locaux sont privilégiés mais il est  difficile de trouver des fournisseurs locaux. Il faut aussi former les acteurs à ces nouvelles méthodes de travail qui en soit, ne posent pas de problème au niveau corporel mais qui peuvent devenir sensibles sur le plan du bâti.

C’est tout l’enjeu des responsabilités vis-à-vis des assurances car aujourd’hui « on est encore borderline » estime Laurent Bouyer, animateur d’Enerterre Cotentin. L’expérience des castors en auto-réhabilitation accompagnée est un exemple d’assurances possibles mais une certaine prise de risque subsiste dans ce genre d’expérimentations.

Passer de « l’Insistance à Maîtrise d’Ouvrage » à l’Assistance à Maîtrise d’Usage

Les divers projets expérimentés par la Fondation de France démontrent que l’autonomie des acteurs reste un sujet épineux, nécessitant souvent un accompagnement (encore quasi-inexistant). Une double compétence sociale et technique doit alors être reconnue par les acteurs pour démontrer les externalités positives génératrices d’économie. Bien souvent, c’est un gros problème pour les habitants de savoir utiliser les outils mis à leur disposition et le modus operandi dépend réellement du logement.

D’après Patrick Marot (Pact Aveyron) il n’existe pas encore de méthode reproductible en ce qui concerne la maitrise d’usage car chaque cas est particulier. C’est donc avant tout le « job » des équipes sociales de s’assurer des usages.  On en déduit qu’une personne tierce, active, qui fait le lien (en terme de durée, de distance et d’empathie) aurait sa juste place. Qu’il s’agisse de compagnonnage ou de communauté apprenante , un métier reste à créer et il implique en quelque sorte de poster des sociologues auprès des architectes !

Jean-François Caron, maire de Loos-en-Gohelle insiste sur l’enjeu de durabilité de la démarche d’Ecohabitat car certains (investisseurs) pourraient se lasser du discours sur la pauvreté. Il faut donc raisonner en ville durable et pas uniquement en Ecohabitat. A Loos-en-Gohelle, de nombreux organismes se sont installés dont la Fondation d’Auteuil, la Fédération Française du Bâtiment, jusqu’au musée de l’Ecohabitat, ce qui révèle une véritable stratégie à grande échelle. L’art d’habiter devient donc aussi important que l’art de construire.

Boîte à outils 

Le gros enjeu reste la rénovation car aller chez les propriétaires/occupants est parfois un véritable casse tête d’ordre culturel (par rapport aux habitudes de vie). Il est donc logique de se heurter à des obstacles tels que le manque de communication ou encore la difficile  appropriation du lieu, dont les travaux sont souvent de bric et de broc. Comme il est difficile de faire des économies d’échelle car aucun projet ne se ressemble, il est impératif de prévoir une batterie d’outils à mettre à  disposition. Et comme une innovation est souvent une désobéissance qui a réussi, les projets retenus par la Fondation de France ont innové:

  • en montant des ateliers,
  • en présentant des maisons témoins,
  • en faisant un recensement habitant/habitant
  • en travaillant en réseaux, notamment avec les groupements d’entreprise,
  • en étant endurant par une approche participative sur la durée
  • en assemblant les compétences comme par exemple associer maçon et ingénieur.

A ce titre, Julian Pondaven, Directeur de l’association Cohérence souligne que si chacun a un droit de contester il a aussi le devoir de proposer, et comme habiter n’est pas toujours synonyme de se loger, il faut prévoir de réunir les opérateurs, les salariés, les habitants dans une posture mentale de : « on est tous habitants ».

Les conditions de réussite selon la Fondation de France

Soutenu par Emmanuelle Cosse, Ministre du Logement et de l’Habitat Durable, le colloque du 24 mars 2016 a mis en évidence certains prérequis à la réussite de telles expérimentations. Voici les cinq conditions que la Fondation de France estime indispensables pour permettre à nos sociétés d’évoluer positivement sur la question de l’habitat écologique, en particulier pour les publics les plus vulnérables :

  1. Améliorer la maîtrise d’usage des habitants en prenant en compte les usages des futurs habitants pour construire un projet,
  2. Renforcer la qualité de vie pour améliorer la santé en utilisant des matériaux préservant leur santé et en croisant les innovations techniques et les évolutions sociales,
  3. Penser global, agir local,
  4. Prendre en compte une économie adaptée aux personnes vulnérables en s’assurant de l’implication et de l’appropriation des projets par les habitants dans la durée et en intégrant leur capacité financière,
  5. Valoriser les nouvelles compétences grâce aux nouveaux projets en les faisant notamment valider au cours des projets d’Ecohabitat.

                                                       

 

Evolutions du bâtiment durable : et si on faisait le point ?

Evolutions : du bâtiment basse consommation à la maison intelligente

C’est tout l’enjeu des réglementations thermiques successives. La RT 2012* qui vise à améliorer la qualité d’un bâti au-delà du niveau des prestations d’isolation thermique par la prise en compte intrinsèque des enveloppes et des façades est aujourd’hui sous les feux de la rampe :

  • notamment dans la course à l’objectif « 500 000 logements » qui propose de supprimer l’exigence sur le coefficient linéique des ponts thermiques à la jonction plancher intermédiaire / mur extérieur pour des immeubles collectifs. (voir l’article Simplifier les exigences de la RT 2012).
  • mais aussi par le débat qu’elle suscite sur les réelles économies d’énergie générées et son absence de « marqueurs » CO2.

*Rappelons que la RT 2012 est applicable à tous les permis de construire déposés à partir du 1er janvier 2013 : elle limite la consommation énergétique des bâtiments neufs à un maximum de 50 kWhEP/(m².an) en moyenne. 

Si depuis l’origine les réglementations thermiques ont pour but de réduire notre consommation énergétique la future RT 2020 préfigure une ère nouvelle, celle du bâtiment responsable et de la transition vers une meilleure prise en compte environnementale du bâti et de ses occupants. Son approche est transversale et privilégie la qualité de l’air, le confort, la santé. Ses enjeux sont vastes et conséquents puisqu’elle prévoit le passage d’une conception de l’ouvrage inerte, passif à un rôle dynamique de la construction dont l’objectif est à la fois d’économiser l’énergie mais aussi d’en produire !

Audit énergétique et garantie des performances 

D’ici au 1er janvier 2017, un audit énergétique doit être réalisé dans les bâtiments à usage principal d’habitation en copropriété de 50 lots ou plus équipés d’une installation collective de chauffage ou de refroidissement. (source Ademe).

Mais l’audit énergétique s’étend désormais aux entreprises qui seront tenues de le réaliser tous les quatre ans à partir du 1er décembre 2015. Cette décision s’adosse à une réglementation européenne issue de la directive 2012/27/UE, qui introduit une obligation de moyens pour atteindre l’objectif du paquet énergie-climat 2020 en termes d’efficacité énergétique (20 %, soit 35 Mtep en France) via la mise en place de certains outils comme cette obligation pour les grandes entreprises (plus de 250 salariés ou chiffre d’affaires supérieur à 50 M€) de mener un audit énergétique. (source Le Moniteur).

Pour autant une source d’inquiétude demeure, celle de l’assurance et de la garantie des performances obtenues. Une charte d’engagement de juillet 2013 relative à la Garantie de Performance Energétique Intrinsèque (GPEI) liste pourtant 60 actions à accomplir tout au long d’un projet pour garantir le respect des performances promises.

Validée par les acteurs de la maîtrise d’oeuvre, de l’ingénierie et des courtiers en assurance, cette garantie se focalise pour l’instant sur les immeubles tertiaires neufs.

Du côté des assureurs le doute persiste pourtant : un récent article de l’Argus de l’Assurance rappelle « qu’à l’image de la jurisprudence concernant les normes d’isolation phonique, la référence à une exigence réglementaire ne suffit pas à exclure la demande du maître de l’ouvrage, au titre de la garantie décennale : les désordres d’isolation phonique peuvent relever de la garantie décennale, même lorsque les exigences minimales légales ou réglementaires ont été respectées (Cour de cassation du 27.10.06).

Un groupe de travail mandaté par le Plan Bâtiment Durable et piloté par Michel Jouvent, délégué général d’Apogée, travaille la question et rappelle l’engagement contractuel de la GPE qui préfigure un nouvel acronyme, la GRE pour « garantie de résultats énergétiques ».

La GRE vise à incorporer la conception et les travaux, et également l’exploitation du bâtiment et de ses équipements, sa maintenance et son usage. Elle se décline dans la durée, et se fonde sur des consommations mesurées…(Source Le Moniteur)

Du B.I.M. à la carte vitale du bâtiment

L’adaptation du bâtiment durable passe aussi par les outils numériques. Architectes, bureaux d’études sont aux premières loges d’une révolution industrielle, celle du « Bâtiment et Informations Modélisées ». Nouvel outil de construction et de gestion, le BIM peut se nourrir des données financières d’exploitation pour aborder les ouvrages sous un nouveau jour, celui de la démarche en coût global qui associe les coûts d’exploitation à ceux de la construction.

Né du constat qu’au moment du transfert de l’ouvrage entre constructeurs et gestionnaires ou syndics, beaucoup d’informations sont perdues, le BIM, avec sa base de données, facilite cette interface et constitue désormais le cœur des échanges entre ces deux univers qui, jusqu’ici, s’ignoraient trop souvent. (Source Le Moniteur)

Son objectif est simple : gagner en performance, en qualité et réduire les coûts. L’appréhension du bâtiment sous cet angle relance le coût global de la construction, gage d’une gestion responsable, qu’appelle de ses voeux la Réglementation du Bâtiment Responsable (RBR 2020).

Le Plan Bâtiment Durable redouble d’innovation avec le récent lancement d’un groupe de travail sur la carte vitale du bâtiment. Passeport ou carnet de santé selon les préférences, le dispositif de diagnostic visé devra prendre en compte les points de vue de l’usager, des professionnels et des territoires, mais aussi que cette réflexion s’étende aux moyens concrets de sa mise en œuvre et de son appropriation par les ménages.

Formations RGE et usages : quels progrès souhaitons-nous ?

Pour tenir la cadence de ces innombrables mutations les professionnels du bâtiment s’organisent en proposant au marché un label « Reconnu Garant Environnement » (RGE) qui offre un double avantage :

  • celui de former en amont les acteurs de la construction pour une mise à niveau indispensable,
  • et celui de rassurer les maitres d’ouvrages pour leurs travaux à venir.

Toutefois, comme à chaque avancée sociétale il y a controverse, puisque l’organisme UFC-Que-Choisir émet pour l’heure des doutes sur l’efficacité de cette initiative (voir l’article de synthèse du blog Pages Energies).

A l’instar de la futur RT 2020, soyons positifs en prenant un peu de hauteur avec une réflexion de fond proposée par Ludovic Gicquel, fondateur associé de Vie to B, qui tend à privilégier l’innovation sociale au détriment de la technologie.

Dans son dernier article, la question posée est simple : comment s’y prend-on pour changer les pratiques des occupants ? La réponse pourrait passer par une approche nouvelle, celle d’un métier transverse baptisé « Assistance à Maîtrise d’Usage » (AMU).

Défini par Vie to B, il s’agit d’un accompagnement sociotechnique du projet immobilier sur les enjeux de l’usage, de l’esquisse à l’exploitation. Il permet de co-construire une vision partagée sur la vie dans le bâtiment, et impulse des actions portées par toutes les parties prenantes pour améliorer l’efficience du bâtiment (efficacité énergétique ET qualité de vie).

D’Dline 2020 s’associe aux réflexions d’AMU en participant au groupe de travail initié par Ludovic Gicquel aux côtés de nombreux sociologues et autres professions, transverses mais toutes complémentaires ! Eparpillé sur toute la France, ce jeune collectif est en quelque sorte le reflet de solutions nouvelles face à des enjeux sociétaux et environnementaux prégnants. L’innovation sociétale au service d’un bâtiment durable et responsable a donc de beaux jours devant elle !

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