Revue de presse : ce qui change pour le Bâtiment en 2018

D’Dline 2020 passe en revue les décisions gouvernementales qui préfigurent la trajectoire du Bâtiment Durable pour 2018

Le plan de rénovation énergétique

« Le plan de rénovation énergétique va donner des moyens inédits aux Français pour rénover leurs logements avec une attention particulière pour les ménages modestes. » Nicolas Hulot – Ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire – 24.11.17

>> Découvrir la feuille de route ici

 

Les nouvelles dispositions du crédit d’impôt transition énergétique (CITE)

Le projet de loi de finances pour 2018 prévoit une modification des règles d’obtention du CITE pour 2018 et 2019.

>> Tous les détails ici

Les certificats d’économie d’énergie (CEE) : 4ème période 2018-2020

La directive actuelle fixe des obligations d’économies d’énergie jusqu’au 31 décembre 2020 en cohérence avec le paquet énergie-climat « 3 x 20 » visant notamment à accroître l’efficacité énergétique de 20% d’ici à 2020.

>> Découvrir l’évolution des CEE pour cette 4ème période ici

Economie circulaire : le Bâtiment entre dans la boucle

Le gouvernement prévoit une feuille de route pour mars 2018 pour atteindre les objectifs fixés par le Plan climat.

>> Découvrir la feuille de route économie circulaire ici

Apprendre à gérer les déchets du Bâtiment

En 2020 il faudra être en capacité de recycler 70% des déchets du bâtiment : pour cela un guide vient d’être établi par l’Ademe, Recylum et Démoclès.

>> Découvrir le guide des déchets ici

Un label pour la rénovation bas carbone

Réemploi des matériaux, stockage temporaire du CO2, maîtrise des consommations… La réhabilitation se dote elle-aussi d’une méthodologie d’évaluation de son impact environnemental grâce à l’association BBCA.

>> Découvrir le label BBCA ici

Embarquer les usages du Bâtiment

« C’est au bâtiment de s’adapter à ses occupants, et non pas l’inverse. » Alain Maugard, co-président du groupe de réflexion RBR 2020-2050  – 07.11.17

Pour y parvenir le Plan Bâtiment Durable a produit une note sur les usages d’un Bâtiment Responsable d’ici 2020.

>> Télécharger la note ici

Une charte Bâtiment connecté, solidaire et humain

La Smart Buildings Alliance for Smart Cities (SBA) et l’Alliance HQE ont planché sur un langage commun pour accélérer la transition numérique de tous les bâtiments « qui permettra aux professionnels de développer et mettre en œuvre des solutions ouvertes et évolutives afin de produire des bâtiments capables d’accueillir des services numériques qui sont en perpétuelle évolution ».

>> Télécharger le CP ici

Tout ça pour le Climat

2017 s’achève sur le « One Planet Summit » voulu par le Président de la République : une douzaine d’engagements y ont été pris, en espérant que la période des voeux de fin d’année facilite leurs réalisations et nous permette d’aborder 2018 sereinement 😉

>> #OnePlanetSummit : découvrir les 12 engagements ici

 

Communication et bâtiment : soignez vos double flux !

Une communication double flux pour accompagner les occupants des bâtiments

Le système de double flux dont il est question ici ne s’occupe pas du renouvellement d’air, mais évoque à la fois la manière de communiquer (« top-down ») et de prendre compte des occupants de bâtiments (« bottum-up »). Nous sommes ici dans le cadre d’un accompagnement humain pour améliorer les performances énergétiques du bâti. Plus qu’une méthode, le double flux est une culture, un état d’esprit pour informer, partager, écouter, co-construire, éveiller les consciences.

Pourquoi le double flux ?

L’impératif écologique a poussé les acteurs de la construction à inventer des systèmes techniques qui permettent de consommer peu d’énergie dans les bâtiments. Et ça marche. Enfin… ça marcherait mieux si on arrivait « à changer les habitudes des occupants », car ces bâtiments imposent un nouveau mode de vie qui ne va pas de soi.

Le système « simple flux », c’est à dire une communication uniquement descendante envers les occupants, n’est pas opérationnel dans ce cadre là, car il suppose[1] :

  • que les enjeux soient compris et partagés ;
  • que l’homme en société soit unique ;
  • qu’il soit informé, rationnel, « éco-friendly » et « participatif ».

On en est loin… Une étude récente de 4 sociologues[2] montre justement que « la mise à disposition de données de consommation réelle n’engendre pas seule et directement des changements de comportement ». Certains bâtiments, de par leurs automatismes, mettent l’occupant à l’écart. La culture du double flux a au contraire pour ambition de l’impliquer, de le responsabiliser, de lui laisser des marges de manœuvre. Car pour changer, l’usager doit en avoir envie, que ce changement soit compatible avec son système de valeur, et avec les normes sociales. Ce n’est qu’ainsi que les performances énergétiques in vivo pourront être obtenues[3].

Le flux ascendant : écoutons 

Pour un bon fonctionnement de ce flux, le maître-mot est l’écoute. Écouter les ressentis, les désirs, les peurs, les croyances, les habitudes, les modes, les perceptions du confort, les conflits relationnels. Ce sont autant d’éléments qui influencent les usages de chaque occupant dans un bâtiment donné. Ils doivent être appréhendés, pris en comptes.

Verbaliser ce qui va et ce qui ne va pas permet une prise de conscience de la part des occupants sur les enjeux et les blocages. C’est d’autant plus vrai pour un groupe : dresser un état des lieux partagé est déjà une étape importante du changement. Sans ce diagnostic de terrain, les actions d’accompagnement risquent fort d’être inadéquates ou mal calibrées.

Le pouvoir du « bottom-up »

Écouter, c’est aussi prendre en compte les avis, les besoins, concéder du poids aux occupants pour les décisions qui les concernent[1]. Cela permet de les impliquer et les rendre plus autonomes dans l’appropriation de leurs espaces. Pour mener des actions, il s’agit d’ouvrir le champ des possibles en faisant appel à la créativité et l’intelligence collective. Une action co-construite est plus longue à germer, mais plus puissante et pérenne dans la mesure où elle a remporté l’adhésion de chacun dès sa conception.

Flux descendant : transparence et reflets

L’accompagnement en double flux privilégie une relation de confiance entre les acteurs, ce qui implique d’être transparent sur ce qui se joue pour l’occupant. Par exemple, si une action de sensibilisation aux éco-gestes est menée sur un bâtiment, il est utile de communiquer sur les vrais objectifs recherchés (baisse des coûts, cohésion de groupe, etc.), informer de l’avancement et des résultats, mêmes s’ils sont décevants. Être un miroir vis à vis d’un groupe (ou d’un individu) est également un principe du double flux. C’est à dire lui renvoyer objectivement ce qui est observable / diagnostiqué : les pratiques, les freins, les problèmes non résolus, mais aussi ce qui marche bien. L’humour est un outil précieux à ce stade pour éviter la culpabilité qui freine l’action. Ce reflet permet à chaque individu de s’identifier au groupe et d’acquérir une conscience collective sur cette thématique, un début de culture commune.

Informer : tout un programme

Si l’information ne peut pas changer les comportements à elle seule, elle est nécessaire pour susciter la curiosité, la réflexion ou donner des informations pratiques. Avant même de parler du contenu du message, intéressons-nous à la tuyauterie, c’est à dire aux canaux de communication :

  • Il convient de s’adresser aux bonnes personnes (par exemple, identifier les leaders d’opinion au sein d’un groupe) ;
  • dans le bon format (les occupants regardent-ils vraiment le tableau d’affichage dans le hall d’entrée ?) ;
  • en étant le bon interlocuteur (favoriser la proximité[2]).

Si un paramètre manque, l’information passe mal, voire ne passe pas. Ensuite, il est nécessaire de déterminer ce que les occupants sont prêts à entendre, ce qui va leur être utile dans leur cheminement. Le changement est modélisable comme un processus passant par plusieurs phases[3]. A chaque phase correspond une communication appropriée. Par exemple, donner une information pratique est utile dans la phase dite de préparation, pas avant. Plus concrètement, communiquer auprès d’un occupant sur sa consommation énergétique sera vain si il ne voit pas l’intérêt de la sobriété. Enfin, la teneur du message doit également être soignée[4] :

  • donner des informations adaptées au contexte et aux modes de compréhension
  • des informations soutenues par la norme sociale
  • axer sur des valeurs positives, des nouveaux modes de vie désirables et expérimentés.

Installer un double flux dans son bâtiment

On a vu l’importance de la posture « en double flux » de l’accompagnement des usages vers une meilleure performance. Ça ne doit surtout pas s’arrêter là ! La communication ouverte sur la thématique de l’usage a du sens durant toute la vie du bâtiment, et permet de pérenniser un usage qui satisfasse tout le monde. En d’autres termes, il est indispensable de soigner les canaux relationnels au sein du bâtiment, au même titre que les circuits aérauliques. Il s’agit d’adopter un fonctionnement qui aborde clairement les rôles de l’exploitant / gestionnaire, la manière dont sont (co-)construits les objectifs énergétiques, les modes de communication sur l’énergie, la gestion des doléances concernant l’usage du bâtiment, le mode d’appropriation des nouveau arrivants, etc.

Régulation et retour aux sources 

Filons la métaphore en suggérant de ne pas oublier la maintenance de son nouveau système. Car les systèmes humains, plus encore que les systèmes techniques, ont besoin d’ajustements en continu pour prendre en compte les changements de pratiques, ainsi que les aléas environnementaux (au sens large) et relationnels. Autrement dit, pour faire fonctionner le double-flux, il faut des personnes qui travaillent à son adaptation.

Le double flux nous permet de fluidifier les relations au sein du bâtiment et de faire converger les énergies vers l’obtention d’un usage dans lequel chaque partie puisse se reconnaître. Ainsi, nous pouvons côtoyer avec plus de sérénité l’objectif premier du bâtiment qui est d’y habiter, tout en impliquant les usagers dans le sens de l’enjeu écologique.

Source de l’article : Vie to B : Assistance à Maîtrise d’Usage

[1] MC Zelem – Comment aller vers une sobriété énergétique ? Octobre 2013 ♠ [2] G. Brisepierre, C. Beslay, T.Vacher, JP. Fouquet : « L’efficacité comportementale du suivi des consommations en matière  d’économie d’énergie dépend des innovations sociales qui l’accompagnent » juillet 2013. Télécharger la synthèse. ♠ [3] G.Brisepierre mai 2013. Télécharger l’étude.
[1] En parlant de gouvernance, la sociocratie (mode de gouvernance par équivalence – en savoir plus) cristallise l’esprit du  double flux grâce « au double lien » entre 2 cercles de décision. ♠ [2] Cf Processus de diffusion des innovations étudié par le sociologue Everett Rogers, expliqué en page 5 de La lettre Nature Humaine 5 ♠ [3] Modèle transthéorique de Prochaska & DiClemente – 82-92, brillamment explicité par la lettre Nature Humaine n°4, ou bien par le dossier ALEC de décembre 2011 « accompagner le changement » ♠ [4] MC Zelem 2013, ibid
 

Lumière sur la sociologie de l’énergie

En éclaireur, la sociologie de l’énergie embrasse les usages

L’entrée récente de la sociologie sur la scène de l’énergie permet dores et déjà des constats simples: ni le progrès technologique ni la réglementation ne suffiront à modifier les comportements énergétiques.

En revanche, la dimension collective et culturelle, le discernement des jeux d’acteurs sont des facteurs nécessaires à cette profession pour étudier les usages des bâtiments connectés.

Quelles approches possibles pour le sociologue de l’énergie ?

Une journée d’étude lancée par la Chaire éco-innovation à l’Université de Versailles-St Quentin,  présentait récemment le programme « Econoving » qui développe Epit 2.0 et Eco2Charge, deux projets expérimentaux d’étude des comportements associés aux Smart Grids.

Nadjma Ahamada sociologue au CRIGEN (pôle de recherche du groupe GDF SUEZ) confiait à cette occasion sa vision du métier appliqué au domaine des innovations et de l’énergie :

  • l’approche prospective dont l’objectif pour le sociologue est d’anticiper les évolutions
  • l’approche commerciale plus opérationnelle visant à développer les solutions innovantes des prestataires ou industriels impliqués dans le Smart Building.

Sandra Slim-Chrétienne sociologue à la Direction Innovation et Services de Bouygues Telecom présente le sociologue de l’énergie comme un éclaireur sur des sujets méconnus : partant d’une démarche de co-conception ponctuée d’itérations, sa principale mission (quand il l’accepte) est de répondre à l’interrogation économique récurrente : « Quelle création de valeur ? ».

Décrit comme un véritable fournisseur « de morceaux de réalités » à destination des stratèges de l’énergie, Sandrine Slim-Chrétienne convient sans détour que le sociologue subit un tiraillement permanent entre son coeur de métier empreint d’une grande prise de recul, et la nécessité de produire des résultats tangibles à court terme, pour l’entreprise qui l’emploie.

Itérations et retours d’expériences

Classiquement, le sociologue de l’énergie va s’appuyer sur des méthodes empiriques, alimentées par des testeurs volontaires, pour mener à bien ses investigations. Retour sur deux expérimentations :

  • le Smart Metering par lequel Bouygues Telecom allie téléphonie et énergie via son concept Smart Home.
  • l’effacement diffus testé par GDF Suez pour gérer les pics de consommation d’électricité au sein d’un foyer.

Dans le premier cas le dispositif est rapidement négligé par le testeur, une fois les premières économies d’énergie identifiées ; de surcroît on apprend que l’utilisateur n’est pas prêt à financer une mise à disposition d’information sur ses consommations.

Dans le deuxième cas la défiance vis-à-vis du dispositif s’installe rapidement, vécu comme une altération du confort sans contrepartie palpable de la part du gestionnaire.

Force est de constater les limites de la méthodologie classique du sociologue :  les enquêtes ne sont à ce jour réalisées qu’auprès des seuls volontaires ayant fait voeu de résidence neuve et basse consommation.

  • Quid des autres occupants, non volontaires mais tout autant consommateurs d’énergie?
  • Quid du marché de la rénovation ?

D’une approche purement quantitative des mesures des consommations d’énergie, le sociologue Gaëtan Brisepierre propose une analyse plus qualitative de la performance énergétique du bâtiment par l’étude des usages des occupants, dont voici les premiers enseignements :

  • se concentrer sur un bâtiment « in vivo » et non « hors usages » comme la réglementation thermique 2012 l’appréhende
  • combattre les idées reçues et tenir compte des effets rebonds liés aux sur-consommations
  • porter son attention sur l’analyse organisationnelle, les interactions sociales et les adaptations individuelles au sein des immeubles
  • gérer les contradictions et accompagner l’innovation technologique d’une innovation sociale pour une appropriation des nouveaux usages
  • anticiper et coordonner ces aspects dès le début du projet par une gouvernance participative des acteurs associés.

Coup de projecteur sur l’adaptation du sociologue de l’énergie

Du simple recueil des comportements et recommandations associées, la méthodologie du sociologue de l’énergie doit évoluer car la profession n’a d’autre vertu à ce jour, que de se nourrir de ses ambitions et de ses moyens en composant sans cesse avec :

  • une vision utilitariste du métier s’il n’est appréhendé que sous l’angle de l’innovation technologique et du sacro-saint R.O.I.
  • une observation rigoureuse et agrégée des changements sociaux par la responsabilisation progressive des utilisateurs.

Le sociologue s’interroge alors : comment dépasser les réticences courantes vécues au niveau du logement ? Nadjma Ahamada propose d’appréhender le bâtiment comme le cadre d’agencement des contraintes pour bâtir une étude plus large des lieux de matérialisation, sur le plan du territoire.

Changer d’échelle en passant de l’immeuble au territoire et faire en sorte de transformer le « con-sommateur » en « smart-acteur » au service de la performance énergétique, voilà l’une des stratégies d’adaptation pensée par le sociologue pour contourner les limites des enquêtes menées auprès des seuls volontaires.

Les sciences sociales au secours du tout SMART

En appoint, Chantal Derkenne sociologue à l’Ademe rappelle à juste titre la vocation du sociologue qui n’est pas là uniquement pour résoudre des dysfonctionnements techniques mais aussi et surtout pour réinterroger les pratiques (à commencer par les siennes).

L’énergie est aujourd’hui un terreau très favorable à la recherche collaborative même s’il est souvent difficile de traduire les problématiques recevables pour toutes les parties prenantes.

D’une simple relation de prestation le sociologue doit aussi coproduire en composant avec la temporalité et la culture scientifique des acteurs. La mise en lisibilité des résultats reste la pierre angulaire du métier : exprimée plus simplement, l’expertise sociologique s’affirme quand elle réussit le passage du « combien » au « comment ».

Pour convaincre de l’utilité de la sociologie appliquée au domaine de l’énergie, le sociologue n’a aujourd’hui d’autres choix que d’échafauder des stratégies d’adaptation en réinterrogeant ses pratiques. Oublier la rationalité des chiffres et démontrer que faire des économies d’énergie relève aussi du social. Tout est affaire de consensus et de mise en forme des données recueillies.

La compétence collective et organisationnelle est ici plus que jamais sollicitée, face à des formulations d’attentes souvent confuses voire contradictoires de la part des donneurs d’ordre. La neutralité en bandoulière, le sociologue en entreprise se doit impérieusement de construire une relation de confiance mutuelle, souvent très fragile et par retour d’expérience, réversible.

En appui à cette réflexion, un regard croisé des professionnels du bâtiment nous rappelle quelques bonnes pratiques collaboratives au service de l’efficience énergétique du bâtiment. Lors de la 10è convention sur le sujet à la Cité des Sciences, le 1er octobre dernier, Pierre Baux, responsable qualité  chez Sunsquare, dégageait les grands axes du travail en mode projet et transversal :

  • l’empathie au service de la connaissance précise du métier de l’autre
  • la compétence
  • la gestion de projet et des jeux d’acteurs transverses
  • le respect des processus et des méthodes
  • l’approche globale
  • l’intelligence collective

Pour autant, si le sociologue se perçoit lui-même comme le cinéaste d’instants de réalité, une prégnante interrogation demeure : « Comment donner envie aux spectateurs d’aller au cinéma et quels moyens aux acteurs de faire leur cinéma ? »

L’anthropologue Dominique Desjeux rappelle alors avec justesse que le sociologue de l’énergie est avant tout UN sociologue dont la vocation n’est pas d’orienter le débat mais seulement de produire du savoir dont les acteurs doivent s’emparer.

Sociologue certes, mais ni réalisateur ni psychologue…

Bâtiments performants : qui doit s’adapter ?

Adaptation aux bâtiments performants : enjeux des usages et comportements.

Nous aspirons tous à laisser aux générations futures une planète vivable. Pourtant, malgré nos sensibilités globalement grandissantes, nos actes quotidiens sont loin d’être en cohérence avec nos aspirations. Et de fait, il y a un gouffre entre la conservation du mode de vie « standard » et la résolution des enjeux environnementaux.

Ceci dit, nous sommes de plus en plus nombreux à prendre conscience de notre responsabilité individuelle, et à emprunter la voie du changement. Cela implique de :

  • se délester de notre confortable routine ;
  • coopérer : l’avenir a du sens s’il est construit collectivement.

Et il n’est pas question d’opposer les changements individuels et les progrès techniques. Les deux peuvent aller dans le même sens. Ainsi, les avancées sur le recyclage et le tri des déchets ne doivent pas nous déresponsabiliser dans la réduction de leur quantité à la source, lors de nos achats.

Quel rapport avec les bâtiment performants ?

Justement, nous retrouvons là tous les ingrédients de l’enjeu des comportements des usagers  : enjeux écologiques, changement d’habitude, confrontation à un système technique, gestion collective, déresponsabilisation.

Dans ce contexte, la question du changement individuel peut se formuler de la manière suivante : jusqu’à quel point l’usager d’aujourd’hui doit-il « coller » aux exigences des concepteurs et gestionnaires et s’adapterau bâtiment, plutôt que l’inverse ?

Aborder cette question nécessite une approche sociologique, technique mais aussi écologique et humaniste.

Alors qui doit s’adapter ?

D’un côté, si c’est le bâtiment qui s’adapte complètement à l’usager, autrement dit, s’il offre le plus grand confort possible, sa performance énergétique s’en trouvera diminuée (davantage de chauffage, d’équipements électriques, de lumières, etc.). Ce qui ne nous arrange pas pour répondre à la question initiale sur les générations futures.

A l’inverse, l’adaptation totale de l’usager dans son bâtiment à performance énergétique est freinée de plusieurs manières1 : méconnaissance des enjeux, perte de confort, changement d’habitude, manque d’implication. Sans accompagnement, on peut difficilement demander aujourd’hui à des usagers de s’adapter complètement aux nouvelles contraintes de leur bâtiment. L’expérience montre que cela produit in fine un effet rebond sur les consommations d’énergie.

Par ailleurs, cela soulève parfois la question de la liberté individuelle. Par exemple, des usagers peuvent mal vivre le fait d’être dans l’impossibilité d’ouvrir les fenêtres de leur bureau, comme c’est le cas dans certains bâtiments passifs.

Si elle ne respecte pas l’écologie intérieure des occupants, la vie dans un bâtiment performant n’est ni attractive ni pérenne, et propage une bien mauvaise publicité pour ce type de construction.

Et l’adaptation sur le long terme ?

Les changements sociologiques sont bien plus lents que les progrès techniques mais nous construisons aujourd’hui des bâtiments qui dureront des décennies. Si la tendance continue, ce qui paraît difficilement acceptable aujourd’hui (comme une température de 19°C dans un bureau) sera monnaie courante dans 10 ans.

Faut-il alors dimensionner les bâtiments d’aujourd’hui pour un usage « sobre » projeté, tout en offrant de la souplesse aux usagers durant les premières années ? Peut-être est-ce là une partie de la réponse.

Trouver des compromis et favoriser l’adaptation des usagers

Pour conclure, il paraît opportun de dépasser l’opposition entre concepteurs, gestionnaires et usagers, et de favoriser l’écoute et le dialogue créatif entre tous les acteurs. L’objectif commun étant de concilier excellence énergétique et confort d’usage. C’est à dire, de trouver collectivement les compromis acceptables par chacun. Cela implique de faire évoluer nos pratiques vers plus de coopération.

De plus, une bonne partie du travail se situe dans l’accompagnement au changement des usagers. L’enjeu étant l’appropriation de leur bâtiment, dans un contexte où les sensibilités écologiques sont aussi variables que les ressentis individuels de son environnement. Il s’agit d’un accompagnement sur la durée, collectif et dynamique, c’est à dire sans méthodologie figée, car on touche du vivant.

La gageure : remettre sur le devant de la scène la partie de nous qui souhaite laisser une terre vivable à nos enfants, tout en améliorant – au présent – son environnement de vie ou de travail. Mieux : insuffler des dynamiques de groupe qui ouvrent le champs des possibles et réinventent l’usage des bâtiments.

Source : Ludovic Jicquel – Newsletter de Septembre 2013 de Vie to B