Coup de projecteur sur la programmation architecturale

Au gré de ses rencontres professionnelles D’Dline 2020 propose aux acteurs de la construction durable de présenter leurs métiers et leurs approches innovantes au service des transitions du bâtiment. C’est avec plaisir que je partage l’interview d’Olivier Thaon, programmiste et dirigeant d’entreprise.

Olivier Thaon, architecte lyonnais et créateur de l’agence Florès 

Olivier, qu’est-ce que la programmation architecturale ?
La programmation architecturale est le processus qui permet de passer de la simple idée d’entreprendre un projet architectural, à un cahier des charges destiné à une équipe de maîtrise d’œuvre comprenant un architecte et des bureaux d’étude.

Ce processus permet de cerner le besoin, de vérifier la faisabilité du projet, puis de définir les performances de l’ouvrage, tant du point de vue fonctionnel, technique qu’environnemental. Nous intervenons pour des maîtres d’ouvrages publics et privés portant des projets complexes…

Le plaisir du travail bien fait, en équipe même à distance

Votre société est en pleine croissance : quel est votre secret ?
Je dirais que notre secret, c’est avant tout de faire du bon travail ! C’est à la fois une manière de se faire plaisir, mais aussi d’acquérir des références validées par des enquêtes de satisfaction.

C’est précisément cela qui nous a permis d’étayer rapidement nos dossiers de présentation de la société pour convaincre de nouveaux clients… Et puis il y a l’ambiance, l’équipe… et de ce point de vue, comme nous sommes en télétravail, il est fondamental de favoriser les échanges et les croisements d’expérience : des séminaires, des réunions…

Une démarche HQE exigeante, des pistes d’efficience

Vos pistes d’innovation dans le secteur de la construction durable?
La démarche HQE a profondément modifié notre métier, la conception architecturale et les pratiques. D’après nous, les pistes actuelles résident essentiellement dans des volets encore trop peu exploités à ce jour : biodiversité d’une part et éco matériaux locaux de l’autre… Et puis, il y a l’amélioration énergétique des bâtiments existants : le gisement d’économies est abyssal…

 

Biodiversité, éco matériaux et circuits courts

Quels sont les matériaux et les énergies que vous privilégiez pour vos clients ?
Les éco matériaux locaux ont un potentiel énorme du point de vue de l’énergie grise et des déchets de chantier notamment. Nous y croyons très fort. Pour autant, sauf cas exceptionnel, un programme architectural ne doit pas prescrire  l’usage d’un matériau précis. Il peut toutefois pointer la pertinence de certains choix… Tout réside dans cette nuance.
Pour avoir une réelle influence sur le projet, la programmation architecturale doit être précise, argumentée et claire. Il faut être à l’aise avec les techniques de construction. Nous travaillons actuellement sur la déclinaison d’une approche éco matériaux locaux dans la programmation architecturale. Ce n’est pas immédiat : cela demande une réflexion de fond sur nos outils et nos méthodes. Et aussi des formations. Nous mettons tout cela en place.

 

La réduction des consommations, voie royale mais partielle

Votre regard sur la transition énergétique ?
Nous nous occupons essentiellement de bâtiments. De ce point de vue, nous nous situons en fin de chaine. C’est-à-dire que nous visons la réduction des consommations… C’est essentiel, mais c’est très partiel. Je suis à titre personnel très intéressé par les systèmes de valorisation de l’énergie de la houle et des courants :   turbines, cylindres de type Pelamis… La masse en mouvement des océans est un gisement colossal d’énergie.

 

Olivier Thaon, sa philosophie, son parcours

Les faits marquants qui ont guidé vos choix professionnels ?
Ingénieur et architecte, j’ai travaillé quatre ans dans une ONG en Ukraine en tant que maître d’œuvre et coordinateur, c’est-à-dire animateur de l’action de l’association. J’ai aussi travaillé en collectivité en France avant de passer au secteur privé, dans une société de programmation, en tant que chef de projet et responsable d’agence… Si je devais identifier deux choix structurants, ce serait mon départ en ONG, puis ma décision de créer la société Florès. A chaque fois, ce choix a davantage été la conséquence d’une réflexion que d’un évènement : la volonté d’expérimenter un mode de fonctionnement alternatif, plus humain disons.

 

Un ouvrage de référence source d’inspiration 

J’en citerais deux qui me semblent devoir inspirer les architectures de demain :
♠ Vers la sobriété heureuse de Pierre RABHI
…parce que justement, l’enjeu est de ne pas vivre la nécessaire sobriété comme une contrainte et _ bien que ce soit pour beaucoup une évidence et du simple bon sens _ ce n’est pas une vision si simple à mette en perspective dans le contexte actuel.
♣ Manuel de transition de Rob HOPKINS. 
Ce bouquin met l’initiative locale au cœur des réponses… Comprenez-moi bien, je ne suis pas un idéaliste déconnecté, prônant la fin de l’Etat, mais je suis persuadé que nous avons depuis longtemps, en France, perdu de vue l’idée qu’il était possible d’entreprendre, d’agir à titre individuel et collectif, sans forcément attendre que cela vienne d’une structure officielle, centrale…
Je crois d’ailleurs que c’est précisément la raison de ce mal-être que nous connaissons et qui classe la France comme championne de la sinistrose et de la dépression !!! Mais ça évolue, quand même…

 

Merci Olivier pour cet éclairage sur cette profession d’anticipation, trop peu connue et pourtant indispensable à la bonne réalisation d’un projet architectural 😉