Communication et bâtiment : soignez vos double flux !

Une communication double flux pour accompagner les occupants des bâtiments

Le système de double flux dont il est question ici ne s’occupe pas du renouvellement d’air, mais évoque à la fois la manière de communiquer (« top-down ») et de prendre compte des occupants de bâtiments (« bottum-up »). Nous sommes ici dans le cadre d’un accompagnement humain pour améliorer les performances énergétiques du bâti. Plus qu’une méthode, le double flux est une culture, un état d’esprit pour informer, partager, écouter, co-construire, éveiller les consciences.

Pourquoi le double flux ?

L’impératif écologique a poussé les acteurs de la construction à inventer des systèmes techniques qui permettent de consommer peu d’énergie dans les bâtiments. Et ça marche. Enfin… ça marcherait mieux si on arrivait « à changer les habitudes des occupants », car ces bâtiments imposent un nouveau mode de vie qui ne va pas de soi.

Le système « simple flux », c’est à dire une communication uniquement descendante envers les occupants, n’est pas opérationnel dans ce cadre là, car il suppose[1] :

  • que les enjeux soient compris et partagés ;
  • que l’homme en société soit unique ;
  • qu’il soit informé, rationnel, « éco-friendly » et « participatif ».

On en est loin… Une étude récente de 4 sociologues[2] montre justement que « la mise à disposition de données de consommation réelle n’engendre pas seule et directement des changements de comportement ». Certains bâtiments, de par leurs automatismes, mettent l’occupant à l’écart. La culture du double flux a au contraire pour ambition de l’impliquer, de le responsabiliser, de lui laisser des marges de manœuvre. Car pour changer, l’usager doit en avoir envie, que ce changement soit compatible avec son système de valeur, et avec les normes sociales. Ce n’est qu’ainsi que les performances énergétiques in vivo pourront être obtenues[3].

Le flux ascendant : écoutons 

Pour un bon fonctionnement de ce flux, le maître-mot est l’écoute. Écouter les ressentis, les désirs, les peurs, les croyances, les habitudes, les modes, les perceptions du confort, les conflits relationnels. Ce sont autant d’éléments qui influencent les usages de chaque occupant dans un bâtiment donné. Ils doivent être appréhendés, pris en comptes.

Verbaliser ce qui va et ce qui ne va pas permet une prise de conscience de la part des occupants sur les enjeux et les blocages. C’est d’autant plus vrai pour un groupe : dresser un état des lieux partagé est déjà une étape importante du changement. Sans ce diagnostic de terrain, les actions d’accompagnement risquent fort d’être inadéquates ou mal calibrées.

Le pouvoir du « bottom-up »

Écouter, c’est aussi prendre en compte les avis, les besoins, concéder du poids aux occupants pour les décisions qui les concernent[1]. Cela permet de les impliquer et les rendre plus autonomes dans l’appropriation de leurs espaces. Pour mener des actions, il s’agit d’ouvrir le champ des possibles en faisant appel à la créativité et l’intelligence collective. Une action co-construite est plus longue à germer, mais plus puissante et pérenne dans la mesure où elle a remporté l’adhésion de chacun dès sa conception.

Flux descendant : transparence et reflets

L’accompagnement en double flux privilégie une relation de confiance entre les acteurs, ce qui implique d’être transparent sur ce qui se joue pour l’occupant. Par exemple, si une action de sensibilisation aux éco-gestes est menée sur un bâtiment, il est utile de communiquer sur les vrais objectifs recherchés (baisse des coûts, cohésion de groupe, etc.), informer de l’avancement et des résultats, mêmes s’ils sont décevants. Être un miroir vis à vis d’un groupe (ou d’un individu) est également un principe du double flux. C’est à dire lui renvoyer objectivement ce qui est observable / diagnostiqué : les pratiques, les freins, les problèmes non résolus, mais aussi ce qui marche bien. L’humour est un outil précieux à ce stade pour éviter la culpabilité qui freine l’action. Ce reflet permet à chaque individu de s’identifier au groupe et d’acquérir une conscience collective sur cette thématique, un début de culture commune.

Informer : tout un programme

Si l’information ne peut pas changer les comportements à elle seule, elle est nécessaire pour susciter la curiosité, la réflexion ou donner des informations pratiques. Avant même de parler du contenu du message, intéressons-nous à la tuyauterie, c’est à dire aux canaux de communication :

  • Il convient de s’adresser aux bonnes personnes (par exemple, identifier les leaders d’opinion au sein d’un groupe) ;
  • dans le bon format (les occupants regardent-ils vraiment le tableau d’affichage dans le hall d’entrée ?) ;
  • en étant le bon interlocuteur (favoriser la proximité[2]).

Si un paramètre manque, l’information passe mal, voire ne passe pas. Ensuite, il est nécessaire de déterminer ce que les occupants sont prêts à entendre, ce qui va leur être utile dans leur cheminement. Le changement est modélisable comme un processus passant par plusieurs phases[3]. A chaque phase correspond une communication appropriée. Par exemple, donner une information pratique est utile dans la phase dite de préparation, pas avant. Plus concrètement, communiquer auprès d’un occupant sur sa consommation énergétique sera vain si il ne voit pas l’intérêt de la sobriété. Enfin, la teneur du message doit également être soignée[4] :

  • donner des informations adaptées au contexte et aux modes de compréhension
  • des informations soutenues par la norme sociale
  • axer sur des valeurs positives, des nouveaux modes de vie désirables et expérimentés.

Installer un double flux dans son bâtiment

On a vu l’importance de la posture « en double flux » de l’accompagnement des usages vers une meilleure performance. Ça ne doit surtout pas s’arrêter là ! La communication ouverte sur la thématique de l’usage a du sens durant toute la vie du bâtiment, et permet de pérenniser un usage qui satisfasse tout le monde. En d’autres termes, il est indispensable de soigner les canaux relationnels au sein du bâtiment, au même titre que les circuits aérauliques. Il s’agit d’adopter un fonctionnement qui aborde clairement les rôles de l’exploitant / gestionnaire, la manière dont sont (co-)construits les objectifs énergétiques, les modes de communication sur l’énergie, la gestion des doléances concernant l’usage du bâtiment, le mode d’appropriation des nouveau arrivants, etc.

Régulation et retour aux sources 

Filons la métaphore en suggérant de ne pas oublier la maintenance de son nouveau système. Car les systèmes humains, plus encore que les systèmes techniques, ont besoin d’ajustements en continu pour prendre en compte les changements de pratiques, ainsi que les aléas environnementaux (au sens large) et relationnels. Autrement dit, pour faire fonctionner le double-flux, il faut des personnes qui travaillent à son adaptation.

Le double flux nous permet de fluidifier les relations au sein du bâtiment et de faire converger les énergies vers l’obtention d’un usage dans lequel chaque partie puisse se reconnaître. Ainsi, nous pouvons côtoyer avec plus de sérénité l’objectif premier du bâtiment qui est d’y habiter, tout en impliquant les usagers dans le sens de l’enjeu écologique.

Source de l’article : Vie to B : Assistance à Maîtrise d’Usage

[1] MC Zelem – Comment aller vers une sobriété énergétique ? Octobre 2013 ♠ [2] G. Brisepierre, C. Beslay, T.Vacher, JP. Fouquet : « L’efficacité comportementale du suivi des consommations en matière  d’économie d’énergie dépend des innovations sociales qui l’accompagnent » juillet 2013. Télécharger la synthèse. ♠ [3] G.Brisepierre mai 2013. Télécharger l’étude.
[1] En parlant de gouvernance, la sociocratie (mode de gouvernance par équivalence – en savoir plus) cristallise l’esprit du  double flux grâce « au double lien » entre 2 cercles de décision. ♠ [2] Cf Processus de diffusion des innovations étudié par le sociologue Everett Rogers, expliqué en page 5 de La lettre Nature Humaine 5 ♠ [3] Modèle transthéorique de Prochaska & DiClemente – 82-92, brillamment explicité par la lettre Nature Humaine n°4, ou bien par le dossier ALEC de décembre 2011 « accompagner le changement » ♠ [4] MC Zelem 2013, ibid
 

Le fabuleux destin d’Horizon 2020

« Moi Horizon 2020 »

A quelques chimères de grandes ambitions je nourris vos espoirs… A l’affiche de « Transitions » je suis signe de ralliement… Dans un environnement contraint je songe à mon avenir… Mon programme ? Revisiter en profondeur les interactions d’un monde en mutation :

∞ Par ambition, j’enrichis mon programme recherche & innovation
∞ Par prévention, je pense à ma santé en fléchant son parcours
∞ Par précaution, je peaufine, plutôt trois fois qu’une, un dossier brûlant
∞ Par anticipation, j’appelle le bâtiment à plus de mesure
∞ Par incitation, je reprogramme ses thermostats en mode sobriété positive
∞ Par cohésion, j’invite tous les acteurs concernés à plancher sur le sujet.

 

Au-delà du discours que faut-il concrètement à Horizon 2020 pour aboutir ? Tous les débats d’experts privilégient les scénarios suivants : un bâtiment connecté (réseaux, smart grid, smart building), une ville mobilisée (énergie, usages, mobilité), des humains engagés (comportements adaptés, usages reformatés).

Bâtiment connecté, énergie managée, comportement adapté ?

 A l’échelle du bâtiment la boîte à outils est déjà bien fournie : du DPE pour identifier les marges de progression, aux CEE pour financer les investissements, sans oublier les EnR pour s’affranchir des énergies fossiles, les composants ne demandent qu’à être assemblés ! Mais faciliter notre transition post carbone relève pour beaucoup du management, précisément celui de l’énergie, par le biais d’un nouvel outil : l’ISO 50001.

  • Diminuer ses coûts d’une part et porter une démarche de progrès inscrite bien souvent dans la politique interne de l’entreprise d’autre part, sont les principaux déclencheurs du passage à l’ISO 50001.
  • Plusieurs industriels en attestaient lors d’une conférence sur les méthodes d’amélioration de la performance industrielle, organisée conjointement par l’UIC et la DGCIS.
  • Tous les témoignages s’accordent sur l’enjeu managérial du déploiement du système pour stabiliser les consommations d’énergie mais aussi sur les perspectives d’autoproduction à terme via des process de cogénération et d’écologie industrielle.

A l’échelle de la ville il s’agit de mutualiser les fonctionnements d’un espace public capacitaire. Pressé par l’impact carbone d’une densité urbaine irréversible, la cité doit jouer d‘intelligence collective. De l’interconnexion des réseaux de transport et d’énergie à leur sobriété énergétique, la ville durable doit puiser ses solutions sur son propre territoire, en circuits courts.

  •   « La ville durable, pour quels habitants? » La restitution des travaux 2013 de la Fondation Palladio à ce sujet met en lumière la dimension immatérielle de la cité, notion précisée par la philosophe Cynthia Fleury qui insiste sur une dynamique d’appropriation, voire de dissidence, de la ville par ses habitants. La ville est à la fois la carte (topos) qui renseigne et la matrice (chora) qui engendre et l’espace public y joue le rôle d’intervalle relationnel.
  • Quelles priorités pour la ville durable ? Le dernier congrès Green City révélait que plus de 50% des bâtiments de 2050 sont déjà construits : les territoires doivent donc impérativement amorcer une rénovation massive de l’existant pour respecter le bouquet Energie-Climat européen. Innovation urbaine, anticipation et approche globale sont les maîtres mots de l’adaptation à la métropolisation. 

  •  Qui plus est, la question de la mobilité devient centrale : d’une gestion des stocks il faut dorénavant apprendre à manager les flux car la densité urbaine demande plus d’énergie au même titre qu’elle engendre plus de déchets. Repenser la ville par le prisme de l’économie circulaire et du biomimétisme est un futur souhaitable car la nature, elle, ne fait pas de déchet (Hubert Reeves). 

A l’échelle humaine il semble que tout reste à faire : si de nouveaux modèles ne demandent qu’à être expérimentés l’individu peine à changer de braquet. S’évertuant depuis des décennies à se différencier par la possession, son schéma de pensée est encore trop souvent en opposition farouche à la notion de partage ou de redistribution portée par l’ESS ou la consommation collaborative. Alors, faut-il changer de modèle par le deuil de la planète que nous connaissons, comme le suggère le philosophe Michel Alberganti. Si oui, cela demanderait presque un accompagnement psychologique.

  • Pourtant les externalités positives que la nature nous procure méritent d’être monétarisées puis intégrées au bilan de l’entreprise. Le PIB et la croissance ne suffisent plus à résoudre l’équation sociétale et environnementale : de nouveaux indicateurs de performance sont à inventer pour rééquilibrer la balance écolonomique.
  • Grâce aux nouvelles technologies de l’information notamment, l’immatériel prend forme par un foisonnement créatif. Les mises en relation immédiates des capitaux et des personnes favorisent les échanges et ouvrent la voie à un « co » arsenal qu’il s’agisse de co-voiturage, de co-working, de co-opétition, de co-llaboration… Un nouvel écosystème émerge toutefois freiné par les récalcitrants à une sobriété heureuse.

Des économies d’énergie ? Vous n’y pensez pas  

Déni ou sacrifice pour les uns, bon sens pour les autres, les clivages sont légions dès que la question des économies d’énergie est tutoyée. Force est de constater que nous héritons d’un problème polymorphe nourrit par la sacro-sainte consommation et un formatage culturel centré sur le plaisir matériel au détriment du sens. Un changement de comportement intellectuel radical est pourtant prôné par de nombreux acteurs, sociologues en tête, mais suivis de près curieusement, par les professionnels de la distribution d’énergie.

  • Pour preuve le colloque annuel de l’UFE qui traitait des défis énergétiques de l’Europe à horizon 2050. Outre des considérations structurelles d’effondrement du marché carbone et la nécessité de mécanismes de soutien, le coeur du sujet est ailleurs : la problématique comportementale et culturelle est enfin officiellement abordée sous le joug de la poussée démographique.
  • Adapter la demande à l’offre apparaît inéluctable et électrifier la ville durable relève du défi. La parade s’imagine dans la technique par l’intermittence de l’approvisionnement d’énergie ou encore l’effacement diffus. Garantir la stabilité énergétique par le dimensionnement du réseau à l’échelle européenne est certes un enjeu de taille pour les professionnels du secteur mais c’est sans compter l’appropriation (technique et psychologique) des réseaux et des bâtiments intelligents par leurs occupants.

Je rêve : mon compteur tourne à l’envers !

Résumons-nous : pour donner vie à cette exclamation il convient matériellement d’isoler, d’équiper, de connecter ; immatériellement il faut ajouter l’accompagnement de l’occupant, du citoyen, de la collectivité… Cette itération permanente du micro au macro est le gage de la fluidité de l’écosystème durable au service d’un individu métamorphosé, espérons-le, en convoyeur de sens.

En substance le scénario d’un nouveau paradigme énergétique passe par un habitat énergétiquement autogéré par l’apport d’énergies renouvelables non fossiles, une consommation mesurée par l’intégration de compteurs intelligents, un impact carbone atténué grâce à des économies d’énergie réfléchies. Malgré tout, pour pouvoir s’exclamer un jour « Chouette ! Mon compteur tourne à l’envers » certains obstacles de taille restent à lever.

Réglementation révisée, fiscalité adaptée

Les freins au changement de paradigme sont avant tout d’ordre réglementaire et fiscal sans oublier toutefois la dimension organisationnelle et culturelle…

En matière de réglementations le bâtiment et l’énergie subissent l’un et l’autre la lourdeur du millefeuille administratif issu des nombreux codes français, qui souvent se chevauchent. La bonne exécution des projets est soumise à des études d’impact et de danger (inhérentes au code de l’environnement) côté énergie, et à des kyrielles de normes et de labels (inhérentes aux codes de l’urbanisme et du travail) côté bâtiment.

Enclencher la rénovation thermique suppose également des garanties financières et des tiers de confiance (cf. GPEI) dont les périmètres d’intervention ne sont pas encore clairement définis. Dans l’attente d’une hypothétique obligation de rénovation énergétique par le gouvernement, il convient en urgence de simplifier les procédures.

En matière de fiscalité écologique l’enjeu est de financer la transition énergétique en s’engageant activement dans une baisse réelle de nos émissions de gaz à effet de serre par un facteur 4 à 6. Tous les secteurs et toutes les énergies sont concernés, c’est pourquoi un signal prix fort doit être donné pour orienter rapidement les comportements vers des choix énergétiques et d’équipements adaptés. 

En cliquant sur le schéma ci-dessus quelques exemples proposés par La Fondation Nicolas Hulot et Réseau Action Climat démontrent clairement les actions possibles pour faire des économies sur un an en contrepartie d’une fiscalité écologique assumée.

Réflexes organisationnels et culturels

Expérimentés partout en Europe ces outils de transition fonctionnent dès lors qu’ils sont acceptés par les populations. On prend ici la mesure du long terme par lequel les enchaînements nationaux et locaux donnent corps aux règles de gouvernance européenne, souvent par le biais de réformes structurelles, bien difficiles à mener si elles ne sont pas expliquées dès le départ. Il est donc indispensable de connaître les directives européennes par une veille réglementaire rigoureuse car ce sont elles qui tracent les choix nationaux.

Qu’il s’agisse d’énergie renouvelable (Directive 2009/28/CE) de bâtiment (directive 2012/27/UE) de transport (Directive 2009/33/CE) ou encore de déchet à valoriser (Directive 2008/98/CE & Directive décharge 1999/31/CE), n’oublions pas que  l’Europe donne le ton en matière de lois, même si le contrôle de leur application par chaque nation est de plus en plus douteux, comme le soulignait Corinne Lepage au colloque du Monde «La transition écologique peut-elle être démocratique ?».

Hacker* la providence pour un nouvel imaginaire

Sécuriser les biens communs en passant du « Think » au « Do » est la mutation souhaitable pour atteindre l’Horizon 2020 et chaque groupe de pensée y va de ses propositions :

  • Les ingénieurs et énergéticiens travaillent sur l’innovation urbaine par l’intégration des réseaux, leur dimensionnement et la future autoconsommation d’énergie
  • Le parlement des entrepreneurs d’avenir appelle à une nouvelle ingénierie sociale faite d’économie de fonctionnalité centrée sur les usages.
  • Les financiers et les comptables d’un nouveau monde planchent quant à eux sur l’extra-financier éthique et la comptabilité universelle comme prérequis à la monétarisation de l’immatériel.

Parce que la société civile n’a jamais été aussi impliquée dans toute la chaîne de valeur Cynthia Fleury nous invite à «hacker» la providence au service du bien commun. Au 21ème siècle, parions sur un humain agile, responsable, et surtout acteur de sa sobriété énergétique, capable au passage de rééduquer les politiques.

  • Agile, il aiguise son discernement en s’appropriant l’information en open source
  • Responsable, il se forme aux processus  d’une énergie partagée
  • Acteur, il produit désormais sa propre énergie et partage ses équipements à l’instar de certains quartiers pionniers (Bedzed, Vauban)
  • Agitateur, il organise une gouvernance ponctuée d’indicateurs nouveaux ou bien-être et préservation de l’environnement complètent l’équation d’un BIB.
  • Convoyeur, il participe aux décisions locales et communique ses avancées.

Utopie, politique fiction ?

Pas si sûr : les multiples productions des Think-Tank nous démontrent que nous ne sommes qu’à quelques encablures de réalités à venir. Le récent rapport de la Fabrique Ecologique sur la décentralisation énergétique comme nouveau modèle français place par exemple, les territoires et leurs habitants au coeur de la transition énergétique.

Bien qu’une récente étude démontre que les collectivités locales sont loin d’être de féroces « autonomistes », les témoignages de certains élus dépassent toutefois le cadre structurel de la décentralisation en abordant de front le sujet par le prisme systémique de la responsabilité sociétale. Citons le retour d’expérience pratique de Jean-François Caron, maire de Loos-en-Gohelle :

  • ne pas chercher à remplacer une énergie par une autre mais partir des besoins finaux
  • placer la reconquête des biens communs au coeur et non comme variable d’ajustement
  • privilégier l’économie circulaire (pour préserver les ressources) et l’économie de la fonctionnalité (pour favoriser les usages)
  • coproduire les projets par un pouvoir latéral et une posture systémique.

C’est en somme une nouvelle forme de gouvernance adaptative qu’il reste à expérimenter, à la croisée des méthodes d’évaluation et des recherches comportementales. Un positionnement privilégié par Olivier Oullier, Professeur à l’Université d’Aix-Marseille qui par ses recherches en psychologie et neurosciences exhorte les stratèges à s’emparer des nudges comme d’un outil probant au service des transitions.

Se pourrait-il alors que l’expérimentation par le terrain ouvre la voie d’un fabuleux destin ? 

Réponse en 2020 !

*Hacker : verbe dérivé du nom « hacker informatique » : personne qui se délecte de la compréhension approfondie du fonctionnement interne d’un système pour s’en emparer et éventuellement le détourner.

Lumière sur la sociologie de l’énergie

En éclaireur, la sociologie de l’énergie embrasse les usages

L’entrée récente de la sociologie sur la scène de l’énergie permet dores et déjà des constats simples: ni le progrès technologique ni la réglementation ne suffiront à modifier les comportements énergétiques.

En revanche, la dimension collective et culturelle, le discernement des jeux d’acteurs sont des facteurs nécessaires à cette profession pour étudier les usages des bâtiments connectés.

Quelles approches possibles pour le sociologue de l’énergie ?

Une journée d’étude lancée par la Chaire éco-innovation à l’Université de Versailles-St Quentin,  présentait récemment le programme « Econoving » qui développe Epit 2.0 et Eco2Charge, deux projets expérimentaux d’étude des comportements associés aux Smart Grids.

Nadjma Ahamada sociologue au CRIGEN (pôle de recherche du groupe GDF SUEZ) confiait à cette occasion sa vision du métier appliqué au domaine des innovations et de l’énergie :

  • l’approche prospective dont l’objectif pour le sociologue est d’anticiper les évolutions
  • l’approche commerciale plus opérationnelle visant à développer les solutions innovantes des prestataires ou industriels impliqués dans le Smart Building.

Sandra Slim-Chrétienne sociologue à la Direction Innovation et Services de Bouygues Telecom présente le sociologue de l’énergie comme un éclaireur sur des sujets méconnus : partant d’une démarche de co-conception ponctuée d’itérations, sa principale mission (quand il l’accepte) est de répondre à l’interrogation économique récurrente : « Quelle création de valeur ? ».

Décrit comme un véritable fournisseur « de morceaux de réalités » à destination des stratèges de l’énergie, Sandrine Slim-Chrétienne convient sans détour que le sociologue subit un tiraillement permanent entre son coeur de métier empreint d’une grande prise de recul, et la nécessité de produire des résultats tangibles à court terme, pour l’entreprise qui l’emploie.

Itérations et retours d’expériences

Classiquement, le sociologue de l’énergie va s’appuyer sur des méthodes empiriques, alimentées par des testeurs volontaires, pour mener à bien ses investigations. Retour sur deux expérimentations :

  • le Smart Metering par lequel Bouygues Telecom allie téléphonie et énergie via son concept Smart Home.
  • l’effacement diffus testé par GDF Suez pour gérer les pics de consommation d’électricité au sein d’un foyer.

Dans le premier cas le dispositif est rapidement négligé par le testeur, une fois les premières économies d’énergie identifiées ; de surcroît on apprend que l’utilisateur n’est pas prêt à financer une mise à disposition d’information sur ses consommations.

Dans le deuxième cas la défiance vis-à-vis du dispositif s’installe rapidement, vécu comme une altération du confort sans contrepartie palpable de la part du gestionnaire.

Force est de constater les limites de la méthodologie classique du sociologue :  les enquêtes ne sont à ce jour réalisées qu’auprès des seuls volontaires ayant fait voeu de résidence neuve et basse consommation.

  • Quid des autres occupants, non volontaires mais tout autant consommateurs d’énergie?
  • Quid du marché de la rénovation ?

D’une approche purement quantitative des mesures des consommations d’énergie, le sociologue Gaëtan Brisepierre propose une analyse plus qualitative de la performance énergétique du bâtiment par l’étude des usages des occupants, dont voici les premiers enseignements :

  • se concentrer sur un bâtiment « in vivo » et non « hors usages » comme la réglementation thermique 2012 l’appréhende
  • combattre les idées reçues et tenir compte des effets rebonds liés aux sur-consommations
  • porter son attention sur l’analyse organisationnelle, les interactions sociales et les adaptations individuelles au sein des immeubles
  • gérer les contradictions et accompagner l’innovation technologique d’une innovation sociale pour une appropriation des nouveaux usages
  • anticiper et coordonner ces aspects dès le début du projet par une gouvernance participative des acteurs associés.

Coup de projecteur sur l’adaptation du sociologue de l’énergie

Du simple recueil des comportements et recommandations associées, la méthodologie du sociologue de l’énergie doit évoluer car la profession n’a d’autre vertu à ce jour, que de se nourrir de ses ambitions et de ses moyens en composant sans cesse avec :

  • une vision utilitariste du métier s’il n’est appréhendé que sous l’angle de l’innovation technologique et du sacro-saint R.O.I.
  • une observation rigoureuse et agrégée des changements sociaux par la responsabilisation progressive des utilisateurs.

Le sociologue s’interroge alors : comment dépasser les réticences courantes vécues au niveau du logement ? Nadjma Ahamada propose d’appréhender le bâtiment comme le cadre d’agencement des contraintes pour bâtir une étude plus large des lieux de matérialisation, sur le plan du territoire.

Changer d’échelle en passant de l’immeuble au territoire et faire en sorte de transformer le « con-sommateur » en « smart-acteur » au service de la performance énergétique, voilà l’une des stratégies d’adaptation pensée par le sociologue pour contourner les limites des enquêtes menées auprès des seuls volontaires.

Les sciences sociales au secours du tout SMART

En appoint, Chantal Derkenne sociologue à l’Ademe rappelle à juste titre la vocation du sociologue qui n’est pas là uniquement pour résoudre des dysfonctionnements techniques mais aussi et surtout pour réinterroger les pratiques (à commencer par les siennes).

L’énergie est aujourd’hui un terreau très favorable à la recherche collaborative même s’il est souvent difficile de traduire les problématiques recevables pour toutes les parties prenantes.

D’une simple relation de prestation le sociologue doit aussi coproduire en composant avec la temporalité et la culture scientifique des acteurs. La mise en lisibilité des résultats reste la pierre angulaire du métier : exprimée plus simplement, l’expertise sociologique s’affirme quand elle réussit le passage du « combien » au « comment ».

Pour convaincre de l’utilité de la sociologie appliquée au domaine de l’énergie, le sociologue n’a aujourd’hui d’autres choix que d’échafauder des stratégies d’adaptation en réinterrogeant ses pratiques. Oublier la rationalité des chiffres et démontrer que faire des économies d’énergie relève aussi du social. Tout est affaire de consensus et de mise en forme des données recueillies.

La compétence collective et organisationnelle est ici plus que jamais sollicitée, face à des formulations d’attentes souvent confuses voire contradictoires de la part des donneurs d’ordre. La neutralité en bandoulière, le sociologue en entreprise se doit impérieusement de construire une relation de confiance mutuelle, souvent très fragile et par retour d’expérience, réversible.

En appui à cette réflexion, un regard croisé des professionnels du bâtiment nous rappelle quelques bonnes pratiques collaboratives au service de l’efficience énergétique du bâtiment. Lors de la 10è convention sur le sujet à la Cité des Sciences, le 1er octobre dernier, Pierre Baux, responsable qualité  chez Sunsquare, dégageait les grands axes du travail en mode projet et transversal :

  • l’empathie au service de la connaissance précise du métier de l’autre
  • la compétence
  • la gestion de projet et des jeux d’acteurs transverses
  • le respect des processus et des méthodes
  • l’approche globale
  • l’intelligence collective

Pour autant, si le sociologue se perçoit lui-même comme le cinéaste d’instants de réalité, une prégnante interrogation demeure : « Comment donner envie aux spectateurs d’aller au cinéma et quels moyens aux acteurs de faire leur cinéma ? »

L’anthropologue Dominique Desjeux rappelle alors avec justesse que le sociologue de l’énergie est avant tout UN sociologue dont la vocation n’est pas d’orienter le débat mais seulement de produire du savoir dont les acteurs doivent s’emparer.

Sociologue certes, mais ni réalisateur ni psychologue…