RSE, reporting extra financier : quelles synergies avec la comptabilité de l’immatériel ?

Reporting extra financier : quelles convergences et différences entre l’approche dite immatérielle et l’approche RSE-DD?

Depuis plusieurs années le champ du reporting non financier fait l’objet d’évolutions et de changements qui suscitent de nombreuses interrogations. Faut-il tout quantifier, monétariser ? Quel est l’intérêt et quelle place laisser au narrative reporting Faut-il privilégier une mesure de la performance globale et donc de la soutenabilité en termes de bilan élargi, de compte de résultat ou de business model?

Face à toutes ces interrogations, une conférence était organisée le 22 janvier 2015 par Michel Laviale, président du Groupe de travail Performance extra financière du MEDEF.

Plusieurs intervenants issus du monde la finance, de la notation extra-financière et de la comptabilité ont ainsi apporté leur éclairage sur les enjeux de la comptabilité immatérielle et du Développement Durable.

« Economie et comptabilité de l’immatériel, Enjeux du reporting non financier »

Jean-Claude Dupuis auteur de cet ouvrage, rappelle en préambule que la notion de capital immatériel n’est pas nouvelle :

  • le terme de « purs incorporels » est employé dans la sphère comptable depuis les années 1970
  • puis s’ajoute dans les années 1980 la thématique de la connaissance sous l’appellation de « capital intellectuel »
  • et c’est avec la montée de la RSE dans les années 2000 que les ressources naturelles sont désormais prises en considération sur le plan comptable.
  • si l’on ajoute à cela le facteur de production résiduelle (le capital santé par exemple),  le jargon de la comptabilité sait décrire de longue date les ressources invisibles ou incorporelles mais pour autant bien réelles.

Malgré le sentiment actuel de les redécouvrir, tous ces éléments sont donc déjà largement intégrés dans le champ de l’analyse fondamentale et Jean Claude Dupuis d’insister sur quatre idées force :

1. il n’existe pas de Sciences de l’immatériel

2. le capital immatériel prend sa source dans l’évolution des normes comptables (IFRS) des années 2000, puis dans la prise en compte du business model de l’entreprise comme moteur de création de valeur. Apparait alors la notion d’amortissement du « goodwill » suivant la méthode comptable américaine. Le reporting intégré en est le prolongement philosophique puisqu’on raisonne précisément en termes de business model stratégique plutôt qu’en simple compte de résultat.

3. le Développement Durable rejoint la RSE par la convergence de leur comptabilité immatérielle et la notion commune de soutenabilité qu’elle implique, c’est-à-dire de mesure du revenu, au sens de ce qu’il est possible de consommer sans toucher au capital.

☞ Deux questionnements de fond apparaissent dès lors :

      1. doit-on raisonner en soutenabilité de l’avantage concurrentiel ?
      2. doit-on raisonner en modèle d’entreprise socialement soutenable ? 

☞ Plusieurs approches sont possibles :

    • celle de l’économie du Développement Durable (champ de la Banque mondiale par une approche du bilan élargi)
    • celle de l’amortissement, en basculant le capital au passif et les emplois à l’actif. (voir les travaux d’Olivier Godard)
    • celle d’un raisonnement global en terme de modèle économique &  risques associés, pour lequel le reporting intégré (IIRC) prévaut. Ici, la comptabilité ne s’arrête pas à ce qui est mesuré au compte de résultat.
☞ Mais il faut à ce stade distinguer 3 notions majeures :
        • la rentabilité (financière et économique) durable,
        • la compétitivité durable (en matière de biens et services)
        • la productivité globale (qui mesure l’excellence opérationnelle).

4. Enfin, il ne faut pas sous estimer les risques & limites de la quantification et de la monétarisation. Comme l’évoque Jean Tirole dans ses travaux, la quantification peut dans certains cas détruire la motivation : c’est tout l’enjeu de la psychologie du travail, qui d’après Jean-Claude Dupuis n’est pas suffisamment corrélée à la RSE. Selon lui, cette dernière intègre plus le capital humain qu’un réel changement dans l’organisation du travail.

En contrepoint

Si les représentants du monde financier s’accordent sur les limites de la volumétrie et de la quantification des données de reporting, il apparaît que l’analyse fondamentale trouve aussi ses limites dans la vraie vie : en effet, Fouad Benseddik de Vigeo souligne que les aspects qualifiés de résiduels dans le monde comptable ont en revanche une réelle signification et une valeur palpable dans la vie de tous les jours.

Il conviendrait dès lors de s’affranchir de la pure valeur actuarielle pour mieux embrasser le business model de l’entreprise comme outil de mesure de la RSE. En ce sens, les évolutions notables du GRI (version 4) tendent à montrer que, pour être efficace, l’intelligibilité des indicateurs prévaut sur leur nombre.

Il semblerait que la méthode IIRC soit en cela plus proche d’une vision englobante de la RSE, un indicateur n’ayant de sens qu’avec des objectifs associés et inversement. Par une approche en reporting intégré l’indicateur est rapporté au contexte de l’entreprise, ce qui n’est pas forcément transposable.

S’agissant des externalités et de leur traduction comptable, J.C. Dupuis préconise 2 techniques de monétarisation :
  • soit on cherche à donner un prix à l’externalité et dans ce cas, il devient nécessaire de créer un marché
  • soit on intègre le coût de l’externalité à l’amortissement comptable, sachant qu’il peut être excessif, dans certains cas de vouloir donner un prix à une ressource qui ne saurait se résumer à sa valeur économique.
Fouad Benseddik rappelle à juste titre que les actifs immatériels  (tels que le capital humain) n’étant ni assurables ni amortissables à ce jour, l’implication des dirigeants dans l’exercice de reporting intégré reste une évidence incontournable qui doit être soutenue et encouragée. La RSE fait figure de poumon de l’immatériel et relève de :
        • la cohésion du capital humain
        • l’efficience organisationnelle
        • la réputation de l’entreprise
        • sa sécurité juridique

Une récente étude européenne portant sur le reporting RSE fait état d’une indéniable généralisation du discours RSE au niveau mondial ainsi que de réelles informations sur la gouvernance, désormais disponibles. Avec plus de 10% des discours portant sur l’environnement et sur l’éthique des affaires, la performance RSE s’enracine solidement dans les stratégies des organisations.

Toutefois, Vigeo souligne un bilan en demi-teinte pour ce qui touche au dialogue social et aux achats (internes et externes)…

Selon la formule consacrée, de belles marges de progression restent donc encore à explorer!

L’Institut de la Monétarisation estime vos externalités

Lancement de l’Institut de la Monétarisation le 17 octobre 2013 au Comptoir Général à Paris.

Concordance heureuse de l’actualité, c’est en pleine semaine de l’Investissement Socialement Responsable (ISR) et en marge du tout nouvel Institut de l’Efficacité Energétique que sept fervents défenseurs des externalités réunissaient une trentaine de futurs adhérents à l’Institut de la Monétarisation.

L’auditoire éclectique était composé d’organisations de toutes tailles et de tous horizons : quelques consultants bien sûr mais aussi et surtout des structures de plus gros calibres dont Bic, Dalkia, Bouygues Telecom, Orange ou encore Elior. Tous ont pu évaluer la pertinence de cette Société Coopérative à Intérêt Collectif dont l’ambition affichée est de passer au crible les impacts des politiques développement durable sur la société, par le prisme des critères Economiques Sociétaux et de Gouvernance.

Valoriser les externalités 

Sous l’égide de ses sept fondateurs l’Institut de la Monétarisation se positionne comme un tiers de confiance qui a pour but de faciliter l’accès aux financements additionnels des projets nécessaires à la transition énergétique, écologique et sociétale, en démontrant qu’ils créent de la valeur et qu’ils sont rentables. Une consolidation des business model des organisations et des prises de décisions stratégiques plus éclairées aboutiront à la validation des financements internes (budgets R&D).

Pour ce faire les organisateurs de l’I.M. issus du monde de la finance éthique, de la comptabilité universelle, du coaching et de la RSE, engagent la crédibilité de leur Institut par leur capacité à démontrer l’existence de ces externalités et leur concrétisation. Ils rythment ainsi leur stratégie autour de 4 temps forts à l’issue desquels le financeur peut se rendre compte de l’intérêt de sa dépense :

  1. donner un prix interne aux impacts (environnementaux, sociétaux ou économiques) pour en dégager une valeur comptable
  2. confronter ce prix interne à un prix de marché par l’expertise extra financière et comptable de l’Institut
  3. commercialiser ces externalités via les apports classiques des banques et par des apports dits additionnels
  4. internaliser cette valeur économique au bilan comptable de l’entreprise.

Gare aux opportunistes

Si l’effet d’aubaine du financement providentiel de projets additionnels risque d’attirer quelques opportunistes, l’Institut de la Monétarisation anticipe et répond par quelques filtres :

  1. la monétarisation qui à elle seule évalue la pertinence des choix et des acteurs
  2. la monétisation qui crée de facto un élément de marché
  3. le concept d’additionnalité : élément clé de l’Institut car sans les financements additionnels le projet n’atteindrait pas le seuil de rentabilité
  4. la matérialité.

Le principe de matérialité : le vrai sujet

Récemment clarifiée par les travaux du GRI (Global Reporting Initiative) la matérialité  vise à déterminer les enjeux qui ont un impact direct ou indirect sur la capacité de l’organisation à créer, préserver ou éroder de la valeur pour elle-même, pour ses parties prenantes et la société toute entière.

Ainsi, la consommation d’eau sera matérielle pour un producteur de soda ou un producteur d’électricité (refroidissement des centrales, énergie hydroélectrique etc.) mais pas forcément pour un cabinet de conseil qui lui, aura des enjeux matériels éthiques (lobbying responsable, déontologie…).

La matérialité suppose de consulter et d’engager des parties prenantes de l’entreprise, pour déterminer les enjeux les plus importants de l’entreprise et se mettre d’accord sur la valeur à créer.

Cette définition propulse la Responsabilité Sociétale des Entreprises comme pilier central des systèmes de management en interne. D’une valeur définie traditionnellement par quelques instances dirigeantes, l’exercice est ici Bottom-up, co-créé par le jeu des acteurs au bas de la pyramide.

Reliée aux exigences de reporting extra-financier la matérialité répond à une méthodologie précise dont découlent plusieurs processus (identifier, prioriser, valoriser, réviser). Ils permettront d’identifier les actions les plus pertinentes génératrices de valeur économique pour l’entreprise.

Passer du ROI au Social ROI 

Le SROI correspond à un Retour sur Investissement abordé sous l’angle social et c’est tout l’enjeu de l’Institut. Pour mieux comprendre voici quelques exemples d’externalités qu’il propose d’étudier :

  • la rénovation thermique : une collectivité territoriale, en collaboration avec les services de santé, reconnaît que la rénovation thermique de résidence pour personnes âgées réduit les frais de santé dus aux maladies respiratoires de 150 € par année et par résident. Pour favoriser la rénovation thermique et réduire de manière préventive les frais de santé, les services de santé et la collectivité territoriale financent le programme à hauteur de 500 € par résident, apportant 10% de financement additionnel. Les services de santé suivent les économies de frais de santé observées, et les réintègrent dans leurs comptes bilanciels et de projet.
  • le stockage de l’énergie : une entreprise, spécialisée dans le stockage d’énergie, démontre et monétarise les bienfaits de ses solutions innovantes sur l’économie locale et l’indépendance énergétique du territoire. Toutefois comme le prix de vente et le coût de fonctionnement sont encore au-dessus des prix du marché, le territoire et le fournisseur d’énergie reconnaissent ces bienfaits en apportant un financement additionnel permettant ainsi l’installation sur le territoire d’une solution de stockage d’énergie couplée à une installation d’énergie renouvelable.
On pourrait aussi envisager le financement par le secteur aérien de la rénovation thermique et phonique des habitations périphériques d’un aéroport.

Perspectives

Les récentes études de cas menées par l’Institut ajoutent à son savoir faire en matière de propositions novatrices pour refondre la notion de valeur et de richesses dans le creuset des préceptes environnementaux et sociétaux portés au plus haut niveau par les instances de gouvernance internationales telles que Rio+20 ou le Global Compact onusien.

L’approche pragmatique et collaborative de l’Institut insiste sur la transformation économique de la valeur immatérielle en dépassant la seule notion patrimoniale initiée par d’autres pionniers.

Animée par une volonté d’intérêt général les fondateurs appellent de leurs voeux une large mise en commun des compétences et des ressources de ceux qui croient profondément en la RSE et en sa monétisation concrète.

L’offre éco-business de l’Institut de la Monétarisation est en cela très directe et transparente et elle est en mesure de proposer de nombreux services dont la gestion opérationnelle de compensations (carbone, CEE, biodiversité), la mise en place de comptabilité durable ou encore des formations sur la notion même d’externalités.

La prochaine réunion de travail de l’Institut est annoncée le 14 novembre prochain, temps pour chacun d’évaluer le bien fondé de cette SCIC et pourquoi pas de s’exercer à lui donner un prix…

Quelle valeur êtes-vous disposé à donner à l’Institut de la Monétarisation ?

😉