Evolutions du bâtiment durable : et si on faisait le point ?

Evolutions : du bâtiment basse consommation à la maison intelligente

C’est tout l’enjeu des réglementations thermiques successives. La RT 2012* qui vise à améliorer la qualité d’un bâti au-delà du niveau des prestations d’isolation thermique par la prise en compte intrinsèque des enveloppes et des façades est aujourd’hui sous les feux de la rampe :

  • notamment dans la course à l’objectif « 500 000 logements » qui propose de supprimer l’exigence sur le coefficient linéique des ponts thermiques à la jonction plancher intermédiaire / mur extérieur pour des immeubles collectifs. (voir l’article Simplifier les exigences de la RT 2012).
  • mais aussi par le débat qu’elle suscite sur les réelles économies d’énergie générées et son absence de « marqueurs » CO2.

*Rappelons que la RT 2012 est applicable à tous les permis de construire déposés à partir du 1er janvier 2013 : elle limite la consommation énergétique des bâtiments neufs à un maximum de 50 kWhEP/(m².an) en moyenne. 

Si depuis l’origine les réglementations thermiques ont pour but de réduire notre consommation énergétique la future RT 2020 préfigure une ère nouvelle, celle du bâtiment responsable et de la transition vers une meilleure prise en compte environnementale du bâti et de ses occupants. Son approche est transversale et privilégie la qualité de l’air, le confort, la santé. Ses enjeux sont vastes et conséquents puisqu’elle prévoit le passage d’une conception de l’ouvrage inerte, passif à un rôle dynamique de la construction dont l’objectif est à la fois d’économiser l’énergie mais aussi d’en produire !

Audit énergétique et garantie des performances 

D’ici au 1er janvier 2017, un audit énergétique doit être réalisé dans les bâtiments à usage principal d’habitation en copropriété de 50 lots ou plus équipés d’une installation collective de chauffage ou de refroidissement. (source Ademe).

Mais l’audit énergétique s’étend désormais aux entreprises qui seront tenues de le réaliser tous les quatre ans à partir du 1er décembre 2015. Cette décision s’adosse à une réglementation européenne issue de la directive 2012/27/UE, qui introduit une obligation de moyens pour atteindre l’objectif du paquet énergie-climat 2020 en termes d’efficacité énergétique (20 %, soit 35 Mtep en France) via la mise en place de certains outils comme cette obligation pour les grandes entreprises (plus de 250 salariés ou chiffre d’affaires supérieur à 50 M€) de mener un audit énergétique. (source Le Moniteur).

Pour autant une source d’inquiétude demeure, celle de l’assurance et de la garantie des performances obtenues. Une charte d’engagement de juillet 2013 relative à la Garantie de Performance Energétique Intrinsèque (GPEI) liste pourtant 60 actions à accomplir tout au long d’un projet pour garantir le respect des performances promises.

Validée par les acteurs de la maîtrise d’oeuvre, de l’ingénierie et des courtiers en assurance, cette garantie se focalise pour l’instant sur les immeubles tertiaires neufs.

Du côté des assureurs le doute persiste pourtant : un récent article de l’Argus de l’Assurance rappelle « qu’à l’image de la jurisprudence concernant les normes d’isolation phonique, la référence à une exigence réglementaire ne suffit pas à exclure la demande du maître de l’ouvrage, au titre de la garantie décennale : les désordres d’isolation phonique peuvent relever de la garantie décennale, même lorsque les exigences minimales légales ou réglementaires ont été respectées (Cour de cassation du 27.10.06).

Un groupe de travail mandaté par le Plan Bâtiment Durable et piloté par Michel Jouvent, délégué général d’Apogée, travaille la question et rappelle l’engagement contractuel de la GPE qui préfigure un nouvel acronyme, la GRE pour « garantie de résultats énergétiques ».

La GRE vise à incorporer la conception et les travaux, et également l’exploitation du bâtiment et de ses équipements, sa maintenance et son usage. Elle se décline dans la durée, et se fonde sur des consommations mesurées…(Source Le Moniteur)

Du B.I.M. à la carte vitale du bâtiment

L’adaptation du bâtiment durable passe aussi par les outils numériques. Architectes, bureaux d’études sont aux premières loges d’une révolution industrielle, celle du « Bâtiment et Informations Modélisées ». Nouvel outil de construction et de gestion, le BIM peut se nourrir des données financières d’exploitation pour aborder les ouvrages sous un nouveau jour, celui de la démarche en coût global qui associe les coûts d’exploitation à ceux de la construction.

Né du constat qu’au moment du transfert de l’ouvrage entre constructeurs et gestionnaires ou syndics, beaucoup d’informations sont perdues, le BIM, avec sa base de données, facilite cette interface et constitue désormais le cœur des échanges entre ces deux univers qui, jusqu’ici, s’ignoraient trop souvent. (Source Le Moniteur)

Son objectif est simple : gagner en performance, en qualité et réduire les coûts. L’appréhension du bâtiment sous cet angle relance le coût global de la construction, gage d’une gestion responsable, qu’appelle de ses voeux la Réglementation du Bâtiment Responsable (RBR 2020).

Le Plan Bâtiment Durable redouble d’innovation avec le récent lancement d’un groupe de travail sur la carte vitale du bâtiment. Passeport ou carnet de santé selon les préférences, le dispositif de diagnostic visé devra prendre en compte les points de vue de l’usager, des professionnels et des territoires, mais aussi que cette réflexion s’étende aux moyens concrets de sa mise en œuvre et de son appropriation par les ménages.

Formations RGE et usages : quels progrès souhaitons-nous ?

Pour tenir la cadence de ces innombrables mutations les professionnels du bâtiment s’organisent en proposant au marché un label « Reconnu Garant Environnement » (RGE) qui offre un double avantage :

  • celui de former en amont les acteurs de la construction pour une mise à niveau indispensable,
  • et celui de rassurer les maitres d’ouvrages pour leurs travaux à venir.

Toutefois, comme à chaque avancée sociétale il y a controverse, puisque l’organisme UFC-Que-Choisir émet pour l’heure des doutes sur l’efficacité de cette initiative (voir l’article de synthèse du blog Pages Energies).

A l’instar de la futur RT 2020, soyons positifs en prenant un peu de hauteur avec une réflexion de fond proposée par Ludovic Gicquel, fondateur associé de Vie to B, qui tend à privilégier l’innovation sociale au détriment de la technologie.

Dans son dernier article, la question posée est simple : comment s’y prend-on pour changer les pratiques des occupants ? La réponse pourrait passer par une approche nouvelle, celle d’un métier transverse baptisé « Assistance à Maîtrise d’Usage » (AMU).

Défini par Vie to B, il s’agit d’un accompagnement sociotechnique du projet immobilier sur les enjeux de l’usage, de l’esquisse à l’exploitation. Il permet de co-construire une vision partagée sur la vie dans le bâtiment, et impulse des actions portées par toutes les parties prenantes pour améliorer l’efficience du bâtiment (efficacité énergétique ET qualité de vie).

D’Dline 2020 s’associe aux réflexions d’AMU en participant au groupe de travail initié par Ludovic Gicquel aux côtés de nombreux sociologues et autres professions, transverses mais toutes complémentaires ! Eparpillé sur toute la France, ce jeune collectif est en quelque sorte le reflet de solutions nouvelles face à des enjeux sociétaux et environnementaux prégnants. L’innovation sociétale au service d’un bâtiment durable et responsable a donc de beaux jours devant elle !

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C’est quoi un smart building?

 Bâtiments smartgrid compatibles, ce qu’il faut retenir

Répétons-le, avec 43% de la consommation énergétique française, le bâtiment est le premier poste énergivore en France.

Pour atteindre ses objectifs de sobriété à l’horizon 2020, le bâtiment doit désormais être acteur de la transition énergétique en apprenant à analyser son profil pour mieux rationaliser sa consommation.

Bâtiment énergivore cherche coach smart building

Quel pré-requis pour monitorer les habitudes énergétiques d’un bâtiment? Quels indicateurs de performance retenir? Quid du coach? Autant d’interrogations formulées lors de la matinée débat organisée par Construction 21, Gimelec et J3E le 05 octobre dernier à Paris. Autour d’un panel d’experts de la filière éco-électrique quelques secrets du smart building ont été levés.

1- Raisonner usages des occupants : contrairement aux idées reçues le chauffage n’est pas le seul responsable des factures énergétiques salées ; contributeur à hauteur de  35% dans les bureaux et jusqu’à 50% pour la santé et le scolaire, l’éclairage est en bonne place des sur-consommations énergétiques. Rappelons que l’apprentissage des occupants est un des enjeux majeurs de la sobriété énergétique même s’ils sont de mieux en mieux accompagnés par la technologie (leds, détecteurs de présence…).

2- Repenser l’écosystème électrique du bâtiment :

  • en matière de sécurité, il est nécessaire de souligner que les compteurs intelligents posent de nouveaux défis pour la protection des données et la CNIL reste vigilante à ce sujet.
  • en matière d’efficacité, parler le même langage entre opérateurs est incontournable, c’est tout l’enjeu de l’inter-opérabilité. La disponibilité et la sécurité des échanges informatiques passent désormais par une architecture réseau sécurisée, compatible, obligeant à convertir rapidement et en masse les opérateurs smartgrids à l’internet protocol (IP).

3- Appliquer l’équation Production=Consommation puisque l’énergie ne se stocke pas encore. Pour cela on utilise :

  • l’Effacement : il s’agit d’une baisse de puissance du réseau au point de raccordement sur sollicitation externe et suivant une durée déterminée. Il correspond donc à une baisse ponctuelle, autrement dit Demand/Response (DR). Ce mécanisme d’ajustement de la consommation statistique a pour objectif de diminuer le besoin  en capacité de pointe (on raisonne gestion de charges, agrégation des données)
  • La notion de Maîtrise de l’Energie (MDE) elle, s’inscrit dans une baisse durable de la consommation d’énergie, favorisant à terme l’auto consommation (on raisonne sobriété énergétique et confort de l’occupant)

 4- Savoir être flexible pour pouvoir piloter, éléments clés du smart building : plus facile à gérer pour un bâtiment neuf, l’inertie des bâtiments anciens non pourvus de capteurs oblige à refaire une partie de l’installation électrique.

  • Le sésame du « smart grid ready » est donc sa capacité à mesurer le Q.I du bâtiment par l’analyse de l’infrastructure consommatrice, l’identification des potentiels de flexibilité (quelle puissance?) mais surtout des cibles CVC (climatisation, ventilation, chauffage).
  • Installer des capteurs intelligents par usage en faisant appel aux agrégateurs de données qui se chargeront de la valorisation énergétique.
  • Raisonner en termes de locaux et non d’appareillage pour piloter le bâtiment en fonction des besoins des utilisateurs.
5- Communiquer et sensibiliser pour optimiser la performance :
  • Le bâtiment intelligent doit être capable de mesurer mais aussi de retranscire de manière intelligible les données recueillies.
  • Faire comprendre l’équation sociétale du smart building par des indicateurs de performance simples à la portée du plus grand nombre est le préalable à tout changement d’habitude.

En clair, choisir les bons indicateurs et proposer des interfaces compréhensibles par les utilisateurs participera de la pédagogie indispensable au « smart grid compatible ». Veiller à la confidentialité des données et accélérer l’inter opérabilité via les normes européennes ad’hoc, favorisera la maturité du nouvel écosystème névralgique du bâtiment intelligent.

Gardons toutefois à l’esprit que l’énergie coûtera à l’avenir de plus en plus chère : il ne semble donc pas judicieux d’attendre la tarification énergétique pour agir. S’orienter vers un mix énergétique et une énergie décentralisée conduira progressivement le smart building à une dimension plus territoriale, impliquant un pilotage au niveau du quartier, la smart city.

Nul doute qu’utiliser les retours d’expériences (société 2000 watts en Suisse, programme HOMES) permettront également d’affiner les réponses sur la durée.